C'est devenu une tradition depuis neuf ans. La Chancellerie a publié hier la nouvelle photo officielle du Conseil fédéral, avec deux variantes par rapport à la précédente: l'adoption d'un format panoramique en noir et blanc, et le remplacement d'Adolf Ogi par Samuel Schmied. Pour le reste, après quelques recherches de fantaisie ces dernières années, on en revient à une austérité de bon aloi. Un peu de décontraction et le sourire en plus, sauf pour Kaspar Villiger, mi-figue, mi-raisin.

La photo, ou plutôt les photos, a été prise à la sortie de la première séance du gouvernement dans sa nouvelle composition, lors de l'attribution des départements, le 8 décembre. Le photographe bernois Edouard Rieben a photographié les conseillers fédéraux les uns après les autres, et la graphiste zurichoise Trix Wetter a réalisé un montage à partir des meilleurs portraits. C'est que les conseillers fédéraux refusent de prendre plus de quelques minutes pour cette délicate opération, et les photographes s'arrachaient les cheveux. Ruben Sprich, en 1998, se désolait: «Ils ne nous ont accordé que cinq à six minutes, alors qu'il faudrait au minimum une demi-heure pour obtenir une photo de groupe ou tout le monde pose de façon satisfaisante.» Et tout le monde se souvient de la photo de 1999, réalisée par le Japonais Masato Yokoyama, sur laquelle Moritz Leuenberger tirait une véritable tête d'enterrement… Si bien que l'an dernier, on a inauguré le principe de la photo recomposée. Sur fond de massif alpin, en l'honneur d'Adolf Ogi, président de la Confédération…

La photo officielle, distribuée gratuitement sur demande, fait régulièrement un tabac: l'an dernier, elle a été tirée à 20 000 exemplaires, mais plus de 30 000 personnes l'ont réclamée. Il a fallu la retirer à deux reprises. Cette année, le tirage est de 40 000 exemplaires. La demande a très fortement augmenté depuis qu'on peut la commander par Internet. L'idée de publier une photo officielle est venue des très nombreuses demandes de collectionneurs d'autographes: dans l'impossibilité d'envoyer des signatures originales à tout le monde, la Chancellerie envoyait une brochure avec les signatures imprimées des conseillers fédéraux, vite accompagnées d'une photo.

Les demandes proviennent de toutes les couches de la population, surtout des personnes âgées, des jeunes (dans le cadre scolaire), des milieux modestes et, depuis Internet, des Suisses de l'étranger. Elles sont souvent accompagnées de lettres qui montrent un attachement parfois fervent de ces citoyens envers leur gouvernement, et la photo devient même image pieuse pour les nombreuses personnes qui la demandent dans le but de prier pour leurs dirigeants.

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