Depuis cette semaine les femmes suisses prendront leur retraite à 63 ans. Ce petit pas a passé en douceur, bien qu‘il puisse gêner sur le plan individuel – l'égalisation passe par les devoirs avant tout, dit ma femme avec un rire jaune. Mais pris dans l'ensemble, la Suisse fait ainsi un pas pour résoudre un problème majeur, celui du déséquilibre entre la population active et les retraités. D'autres pays montrent beaucoup moins de détermination devant ce même problème. En Allemagne fédérale, au même moment, le gouvernement vient de lâcher encore un élément de la réforme des rentes, bien que le financement futur soit dramatiquement moins sûr qu'en Suisse. En France par contre, la réforme des rentes se fait à petits pas comme en Suisse: à partir de cette année la durée de cotisation pour une rente pleine a encore été relevé d'un trimestre – une réforme datant du gouvernement Juppé.

Les tribunaux ont déterminé qui serait le futur président des Etats-Unis et en Suisse comme dans le monde entier, on en a bien rigolé. Cette semaine cependant, la caisse maladie Helsana porte la question du financement des hôpitaux devant le tribunal de Zurich, la chaîne privée TV 3 essaie de changer les règles du jeu en attaquant l'Office fédéral de la communication devant le Tribunal fédéral, le parquet de Genève est saisi de la demande de bloquer les comptes de Jean-Christophe Mitterrand. Un tribunal privé, celui des coureurs cyclistes, vient de sanctionner Richard Virenque sur la base de ses aveux devant un vrai tribunal. En ce moment même, l'accès au dernier kilomètre des lignes téléphoniques par les opérateurs privés est en délibéré devant le Tribunal fédéral, le Parlement ayant refusé une décision, et la décision de la Commission de communication étant contestée par Swisscom.

On le voit, notre société se réfère de plus en plus aux tribunaux pour résoudre des différends, pour rapiécer des négociations échouées. A vrai dire, le judiciaire est un pilier reconnu dans le partage des pouvoirs, mais la vitalité d'une société démocratique serait bien mince si les autres corps constitués rechignaient devant l'action ou s'ils étaient constamment empêchés dans l'action.

La commission fédérale des étrangers vient de reprendre son souffle après des tourments de secrétariat et de présidence. Elle propose d'accorder la nationalité suisse à la troisième génération des immigrés dès la naissance. On compte actuellement une dizaine de milliers de naturalisations par an, ce qui est peu par rapport au nombre total d'immigrés. Mais cela se solde tout de même par près de 100 000 nouveaux Suisses depuis le recensement de 1990. Et le recensement de décembre dernier montrera une population totale en augmentation d'environ 400 000 personnes, dont la majorité est constituée d'étrangers. Cette augmentation est importante, équivalant à une progression de 6%. Tout comme les Etats-Unis, la Suisse peut se féliciter de ce «vote par les pieds». Il est une consécration de notre communauté, et si l'accueil est bien fait, tout le monde en profite. La Suisse, selon le recensement de 1990, avait réussi le tour de force d'intégrer les jeunes étrangers dans la formation secondaire – lycée ou apprentissage – presque dans la même proportion que les Suisses. Souhaitons que le recensement de 2000 confirme cet exploit assez mal connu!

Le canton du Jura souffre «d'anémie culturelle», pour reprendre les termes du rapport Pidoux. La simple lecture du programme des activités régionales de décembre distribué par les offices du tourisme dans le canton confirme cette impression. Ces derniers jours, je n'ai pas seulement fait des balades à vélo le long du Doubs jurassien, mais j'ai aussi fréquenté des expositions, fait des rencontres et participé à des fêtes avec des dizaines de gens intéressants à Zurich. Le contraste est frappant. Les grands centres prennent le dessus, on y vit autrement, on y produit autre chose. Pourquoi chercher une égalisation impossible? Pourquoi définir le cadre de vie en termes territoriaux? Je continuerai de fréquenter le Jura tout comme Zurich et Genève.

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