Si ces derniers mois le parlement avait donné l'impression que l'émancipation de la femme passait surtout par le divorce et l'avortement facilités, cette semaine le législatif s'est attaqué à l'autre bout de la question: la politique familiale. Des crèches et un soutien aux familles pauvres constitueront une nouvelle tâche de la Confédération. Ce n'est peut-être pas dans le plus pur style constitutionnel car les cantons et les communes sont plus proches du problème et s'en occupent déjà. Mais l'aménagement concret de ce soutien, modelé selon le système des rentes complémentaires de l'AVS, sera décisif. Les rentes complémentaires accordées aux familles à bas revenus sont diminuées à raison de 66 centimes, voire plus, pour chaque franc qu'elle gagne elle-même. Pour ne pas sanctionner ces ménages si, les crèches aidant, ils se mettent à travailler plus, il faut impérativement diminuer ces déductions et étirer les soutiens dans la durée. Et n'oublions pas le cœur du problème: les chances professionnelles des femmes passent par la prise en charge des écoliers à midi par l'école. Là, rien ne bouge.

Une autre question sociale a occupé une journée d‘étude de la Direction du développement à Berne et de Helvetas: les inégalités créées par la société de l'information. D'ailleurs dans ce journal même, un anthropologue vient de se soucier de cette menace d'exclusion. Il ne faut cependant pas définir les différences d'accès au savoir selon les classes sociales d'antan. Quel ouvrier, quel immigré s'y est-il retrouvé, dans une bibliothèque, entre le catalogue d'auteurs et celui des œuvres, dans l'échange interurbain des livres? Lequel avait lu l'International Herald Tribune? Or, Internet offre tout cela, sans les attitudes rébarbatives des institutions universitaires. Tous les gens qui travaillent ou presque manient aujourd'hui des éléments, de la société, de l'information – le fossé existe par rapport à ceux qui ne travaillent pas. Dans le tiers-monde, quiconque a vu l'une de ces bibliothèques publiques si pauvres, si dépassées, ne peut que saluer les nouveaux réseaux décentralisés et relativement bon marché. Il faut favoriser encore plus l'accès, aider les femmes et le monde rural dans le Sud, c'est évident, mais ne béatifions pas le passé.

Dans une année, les Suisses vont revoter sur l'adhésion à l'ONU et cette fois, il faut échapper à la honte. Une tâche prioritaire à ce stade est d'informer sur l'ONU. Cette semaine nous a fourni la démission d'une Mary Robinson désabusée à son poste de haut-commissaire aux droits de l'homme; la critique, dans ce journal, de l'attitude molle des Occidentaux dans cette même Commission des droits de l'homme; et les images prises chez les soldats de l'OTAN mandatés par l'ONU en Macédoine, impuissants, en attente forcée. Tout cela c'est l'ONU, bien sûr, mais ce n'est pas toute l'ONU. Si l'on veut gagner le cœur des Suisses, et leur vote, il faudra montrer toute l'ONU, et vite.

Pour l'Organisation mondiale du commerce, en tout cas, c'est gagné: elle n'est pas ce monstre détruisant les sauvegardes nationales au profit de transactions globales illimitées puisqu'elle vient d'autoriser la France à maintenir son refus d'importer de l'amiante canadien, refus auquel l'Union européenne s'est jointe.

Les chasseurs chassent le lynx et ne respectent pas l'invention d'une nature nouvelle et sauvage par l'Office fédéral de l'environnement. Cet Office s'obstine à imposer ces bêtes à des régions qui n'en veulent pas. Par contre il ne dit pas grand-chose sur la plus formidable crise de l'énergie et du climat que nous sommes en train de vivre. Il n'y a pas de campagne véritable contre la voiture et le chauffage exagéré, sources de ces maux, sinon le sermon solitaire du président de la Confédération au salon de l'auto. Les quelques revues sages de l'Office sur la question ne font pas l'affaire.

Mais réjouissons-nous du printemps et du premier mai qui approche. Car c'est à partir de cette date que les ouvriers suisses travaillent pour eux-mêmes, s'étant acquittés de tous les impôts et contributions obligatoires. Les Américains et les Japonais mettent une ou deux semaines de plus, mais les Français n'y arrivent qu'au premier août, les Belges le 2 septembre. C'est l'Union des employeurs européens qui s'est penchée sur le sort de ces ouvriers-contribuables.

Editorialiste à la «Weltwoche de» Zurich

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