Le feuilleton des «nouveaux saisonniers» s'est essoufflé cette semaine. L'Union patronale suisse a mis un terme ferme aux demandes répétées des paysans, de l'hôtellerie, d'un conseiller d'Etat valaisan, d'admettre encore des travailleurs étrangers pour de courtes durées, malgré les accords de libre circulation conclus avec l'Union européenne. Mais ce qui a surpris le plus, c'est l'argumentation de la centrale des patrons suisses. La pénurie de travailleurs dans ces branches n'est pas un problème de quantité, dit-elle, mais de prix. Tel quel. Avec des salaires plus convenables, on trouvera des travailleurs de chez nous – c'est ce que vous pouviez aussi lire dans cette rubrique il y a trois semaines.

On n'arrête donc plus le progrès social dans ce pays. Certains aspects de ce progrès ont cependant un air de rétro. Le canton de Genève offre une carte «Gigogne» aux familles nombreuses. Les enfants, leurs parents doivent brandir cette carte aux guichets ou dans les magasins pour obtenir des rabais. Le terme technique de ce genre de soutien est «l'aide à l'objet». Le logement social en est la pratique la plus connue, mais aussi les bons de toutes sortes, les camps d'été gratuits et jusqu'à la soupe des pauvres. Or il existe un moyen de soutien beaucoup plus élégant, moins ostentatoire, à savoir «l'aide à la personne». Si les allocations familiales sont généreuses, il ne faut plus de rabais lors des achats physiques, si l'assistance sociale, moyennant un impôt négatif, s'occupe des nécessiteux, il ne faut pas de logements sociaux et si les rentes de vieillesse suffisent, on peut se passer des tarifs de zoo spéciaux pour personnes âgées. L'aide à la personne est plus ciblée, moins voyante et elle n'occupe pas de fonctionnaires.

Les Lucernois viennent de choisir un nouveau directeur pour leur centre féerique de musique et de congrès au bord du lac. Les Bernois cherchent à imiter cet exploit de renommée mondiale, signé Jean Nouvel, en érigeant un musée Paul Klee sous la direction de Renzo Piano. Cent quarante millions à Lucerne, cent millions à Berne, le match est ouvert. Evidemment, il n'y aura pas de concurrence directe entre les deux entreprises culturelles, très louables par ailleurs. Mais il sera intéressant de suivre le rayonnement respectif de Lucerne, accueillant des manifestations diverses, non définies à l'avance dans un cahier des charges, et de Berne, un temple monothématique.

«Energie 2000» avait été inauguré par Adolf Ogi faisant cuire un œuf de façon écologique, on s'en souvient. Ogi et 2000 sont dépassés, c'est donc «Energie Suisse» que Moritz Leuenberger vient de nous proposer avec le but réitéré de réduire les émissions de CO2 de 10% d'ici à 2010. Or les chercheurs du Fonds national nous expliquent sur 16 000 pages érudites que nous consommons trop de mobilité, donc trop de pétrole, d'où trop de CO2. Et ce ne sont pas les méchantes usines, mais surtout les déplacements privés en dessous de 10 km en voiture qui gaspillent et qui polluent. Soixante pour cent des kilomètres parcourus sont le méfait des ménages. Mais pour l'instant, les autorités sont mieux à même d'éliminer la congestion des routes que celle des cieux, car on vient d'ouvrir solennellement le troisième tube du tunnel du «Baregg», par lequel les Argoviens se ruent chaque matin à Zurich, en voiture bien sûr. Le train pour Zurich passe à 400 m du tunnel. On se voile la face et on retourne à la cuisson écologique des œufs.

Jean-Noël Rey, l'ancien directeur général de La Poste, est acquitté. Plus dérangeant que les quelques dizaines de milliers de francs versés à juste titre ou non, c'était tout le «système Rey», à savoir le placement, par Otto Stich, de ses proches à des postes de responsabilités importantes sans avoir fait la preuve antérieurement qu'ils étaient capables de les assumer.

Le système est plutôt «bernois», car d'autres ministres récidivent volontiers. Contre ceci, il n'y a pas de Cour pénale, mais une critique publique. Dont acte.

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