Tout le monde ou presque se rue vers Davos. Je plains beaucoup les opposants qui veulent manifester, car ils sont de vraies victimes. Pas de la globalisation, mais de l'arrogance des managers. Ces chefs d'entreprise rassemblés à Davos prétendent tenir le monde entre leurs mains, et les opposants y croient tellement qu'ils en viennent aux mains. La globalisation est le résultat de l'espace et du temps qui sont éliminés par des transports bon marché et par l'informatisation, de deux milliards de nouveaux travailleurs du Sud, d'un marché du capital mondial et des marchés ouverts à l'échelle mondiale. Dire que l'on gère tout cela relève de l'arrogance, et croire que l'on peut tout arrêter, ça, c'est de la démagogie.

La Suisse fait de la politique internationale dans un autre chapitre, avec le secret bancaire et les mesures contre le blanchiment d'argent. La négociation avec l'Union européenne vient de reprendre. Après la chute du président congolais Kabila (senior) on va voir la Suisse ordonner aux banques de vérifier les comptes – comme elle l'a fait après la chute de Mobutu ou du Nigérian Abacha. A-t-on vu les mêmes mesures en France, en Belgique, aux Etats-Unis? A Londres, les autorités débattaient d‘une éventuelle mesure contre Abacha des mois encore après sa chute. Le président Clinton d'ailleurs vient d'établir un procédé de vérification similaire à celui pratiqué chez nous: en 2001, après des années de remontrances envers la Suisse. Arrêtons l'autoflagellation pour un instant…

Continuons plutôt les réformes vitales dans ce pays. A cette fin, les hautes écoles spécialisées de la santé et du social se sont réunies pour former une seule. Très belle œuvre! Mais l'élan semble s'épuiser à ce stade déjà, car on maintiendra les dix-huit emplacements différents de ces écoles – un vrai mille-pattes scientifique.

Une autre réforme scolaire est en bonne voie: celle de la réintroduction des notes dans les écoles vaudoises. La conseillère d'Etat socialiste semble d'accord avec les radicaux. Dans l'école primaire de mes deux garçons, le recteur a fait voter les enfants eux-mêmes – des notes, oui ou non? Dans un tonnerre étourdissant, ils ont demandé des notes. On dira que c'étaient des petits Bernois bien rangés. Mais en tout cas ces enfants ne sont ni radicaux ni socialistes, ils demandent simplement un peu de sport intellectuel, des scores, de savoir où ils en sont. La répulsion des notes chez les profs, et des écoliers qui en raffolent, c'est le monde à l'envers.

D'autres réformes piétinent, comme celle du marché de l'électricité. Le référendum est saisi par la gauche romande et par le Syndicat du service public. La faillite, souvent invoquée, des marchands d'électricité californiens semble pourtant être la conséquence d'une libéralisation inachevée, car ils étaient contraints par la loi d'acheter le courant à court terme, excluant par là un approvisionnement stable. Peter Bodenmann a conseillé au PS, dans une interview au Tages-Anzeiger, de s'attaquer plutôt aux centrales nucléaires qu'à la distribution libre. Ces centrales ont d'ailleurs récité cette semaine pour la énième fois les coûts insupportables que provoquerait l'abandon de l'atome. Mais le débat autour de la libéralisation ne déchire pas seulement la Suisse: en Union européenne, les Allemands ont libéralisé leur électricité beaucoup plus que les Californiens, alors qu'Electricité de France règne encore en maître chez nos voisins de l'Hexagone.

Une réforme à contre-sens est demandée par le conseiller d'Etat valaisan Wilhelm Schnyder. Il demande – encore – des travailleurs étrangers pour l'agriculture et la gastronomie. Cette fois ils devraient venir de l'Est. Mais les accords bilatéraux nous assureront enfin le libre mouvement des personnes, sans les ranger en des catégories précaires comme on l'a fait pendant cinquante ans. Il faut simplement payer des salaires au prix du marché et on attirera des Suisses et des Européens en nombre et en qualifications suffisants.

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