Le loup du Val Bregaglia sera puni. Contre toute attente, il a tué 50 agneaux, trahissant ainsi la confiance que l'Office fédéral de l'environnement avait placée en lui. Où va-t-on si les bêtes refusent toute civilisation que de bienveillants fonctionnaires leur appliquent? La peine de mort n'est pas trop grave dans de tels cas. Plus humain, ou plus louvet si l'on peut dire, le WWF ne veut pas réduire la liberté des loups, mais celle des agneaux, qu'il propose d'enfermer derrière des fils électriques. Toutes les bêtes ne sont pas égales, à l'évidence.

Le philosophe anglais Thomas Hobbes avait noté, au XVIIe siècle, que les hommes se comportent souvent comme des loups entre eux, et les attaques de certains jeunes contre des militaires ou d'autres jeunes témoignent de l'actualité de cette constatation. Le remède, selon Hobbes, est l'Etat fort. En tout cas, le seul index d'admonestation ne suffit pas. Sans tout de suite en appeler à l'Etat fort, il faut souhaiter un Etat décidé qui intervienne rapidement. A plus long terme, il y a des moyens plus probants, comme une initiation professionnelle pour les jeunes venus des Balkans, par exemple. Car, éventuellement, c'est le conflit entre leur amour propre et leurs perspectives économiques et sociales, très inférieures, qui les amènent à s'imposer par d'autres moyens. Dans certains dancings ruraux autour de Berne, d'ailleurs, les rixes ont souvent opposé de jeunes Balkaniques tantôt à des Noirs tantôt à des Suisses, avec pour résultat que les Noirs et les Suisses se sont unis dans la lutte. On aurait souhaité cette union sous des auspices plus bénins.

Les politiciens africains cherchent l'unité entre eux et ils parlent d'une monnaie africaine commune. Je crains que les nations africaines échappent aux contraintes politiques et budgétaires exigées aujourd'hui par la stabilité de la monnaie nationale, mais au prix de les troquer contre la rigidité des décisions d'une banque centrale lointaine. C'est en tout cas l'expérience que font les nations européennes aujourd'hui. Comme j'aime à le dire, les ouvriers allemands perdent leur emploi parce que la Banque centrale européenne maintient des taux d'intérêt élevés pour freiner les prix des terrains en Hollande. Or, pour des décennies à venir, les régions d'Afrique sont tout aussi disparates que celles d'Europe.

La délégation parlementaire suisse en Allemagne semble avoir donné, une fois de plus, une bien piètre image de notre pays. Le chef de délégation, le conseiller aux Etats schwyzois Bruno Frick, a parlé paraît-il pendant presque la moitié du temps et s'est plaint ensuite de la qualité de ses interlocuteurs allemands. Ce qui s'est su aussitôt en Allemagne. Mais le dit Allemand n'était autre que le chef de l'importante Commission des affaires européennes. J'ai assisté à d'autres rencontres entre des pontes suisses alémaniques et allemands. Il semble y avoir un problème: les Alémaniques se donnent souvent un air naïf, parlent mal le bon allemand, prennent une attitude hautaine ou de soumission. Mais ils peinent à trouver le juste milieu. Certains Allemands ne sont pas des plus subtils non plus, comme cette interlocutrice à laquelle on indiquait une adresse électronique se terminant par .ch: «mais il faut ajouter .de, n'est-ce pas?», demanda l'Allemande! La compréhension entre les peuples reste à réapprendre jusque dans le domaine informatique.

Une différence de tempérament politique s'est manifestée également entre la Suisse et la France voisine lors de cette votation sur la réouverture du tunnel du Mont-Blanc. Le tribunal administratif de Grenoble l'a déclarée «illégale». Sans être juriste, je pense que l'adjectif aurait pu être mieux choisi. La votation n'était pas légale, elle n'était qu'une consultation. Mais il est compréhensible que, dans des pays assez centralisés, les ministères crient à la jacquerie quand le peuple se saisit des affaires.

On votera par contre en Suisse, et abondamment, sur les routes, autoroutes et tunnels pendant les deux ou trois années à venir. Tous les arrangements antérieurs seront réexaminés. On n'aura pas Rail 2000 pour faire l'économie d'autoroutes à trois voies, mais on aura les deux à la fois. On avait voté les transversales alpines pour appliquer l'initiative sur les Alpes, qui demande la réduction du trafic routier, et l'on s'accommodera probablement de ce même trafic dans de beaux tunnels tout neufs, à trente mètres des tunnels du train. Ceci pourrait donner un sujet de dissertation en philosophie politique: «Enoncez les avantages et inconvénients comparatifs d'une prise de décision centralisée, dure mais constante, et de la souveraineté populaire s'exprimant par des votations à répétition». Et attention au loup, d'ici samedi prochain.

*Editorialiste à la «Weltwoche»

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