Comme le dit l'adage, la distance est courte entre le Capitole et la roche Tarpéienne. Et elle est encore plus courte quand on n'a pas connu le Capitole. «Je ne suis pas amère, non, mais un peu déçue et aussi un peu en colère», explique Liliane Maury Pasquier dans Le Matin après s'être fait évincer de la course au Conseil d'Etat genevois. «Lorsque les femmes n'avancent pas, elles reculent», a dit la présidente du PS Christiane Brunner, qui la soutenait. Autre adage, comme la corde soutient le pendu.

La disgrâce touche aussi Pierre Ethenoz, chef du Contrôle des finances de l'Etat de Vaud, selon Le Temps la «Gestapo» de l'administration vaudoise. Dans Le Courrier, il est écrit: «Rien n'échappe au contrôle des finances, mais vraiment rien, au sens où Pierre Ethenoz attacherait presque autant d'importance à une faute de 10 centimes qu'à une faute de 10 millions.» Le Conseil d'Etat a ouvert une «procédure d'avertissement» contre lui. A ce rythme, ça risque de coûter cher.

Dans Le Matin, Jean-Pierre Gattoni évoque le duel genevois entre le socialiste Charles Beer et le radical François Longchamp. «Deux beaux gosses», dit-il, qui plairont aux électrices. Mais hélas, des têtes creuses: «Et l'intelligence, est-ce que ça compte? s'étonne-t-il. Le jour où l'intelligence entrera vraiment en jeu en politique, ce sera le début de la fin de la démocratie.» Merci pour eux. Et puis l'intelligence, on sait bien qu'elle est réservée aux journalistes.

Disgrâce financière. Mercredi Christoph Blocher a dû vendre une partie de ses participations dans sa société phare EMS-Chemie. Il a déclaré: «Ce jour n'est pas facile pour moi, cela fait mal.» Mais pour ses adversaires, comme dit la publicité pour la pommade antalgique Synthol: ça fait du bien là où ça fait mal.

André Reymond, le candidat UDC au Conseil d'Etat de Genève, ne connaîtra sans doute pas le Capitole. Dans la Tribune de Genève, il déclare: «Si je suis élu à la tête du Département des finances, je donnerai la priorité à ce que nous pouvons faire sans le Grand Conseil, pour gagner du temps.» Les députés apprécieront cette stratégie démocratique visant à combattre le temps qu'ils perdent.

Un qui est en disgrâce aussi, c'est l'ex-président de Ligue suisse de hockey sur glace Werner Kohler. Son successeur ad interim Jean Martinet déclare dans 24 heures: «Tout sera mis œuvre pour que toute la vérité éclate. S'il le faut, j'irai moi-même arracher la moquette pour voir s'il n'y a pas quelque chose dessous.» Certains devront s'accrocher aux rideaux pour ne pas tomber.

Dans son hôtel à Brigue, Peter Bodenmann est aussi lui toujours en exil intérieur. Mais il a toujours une idée originale pour séduire les médias. Ainsi dans dimanche.ch, il fait la leçon au Conseil fédéral qui ne se prépare pas assez à la guerre en Irak: «Pourquoi, s'interroge-t-il, n'entendons-nous rien venir du Conseil fédéral alors que la guerre menace? Le Conseil fédéral est-il pour ou contre la guerre en Irak?» Ni pour, ni contre, on n'en sait rien, mais le Conseil fédéral a certainement évalué les risques d'une guerre sur le développement de l'industrie hôtelière à Brigue.

Misère. L'Etat de Vaud, par son ministre des Finances Pascal Broulis, a fait de la publicité pour la nouvelle fiscalité, la taxation annuelle postnumerando, abrégée avec le sigle «TAP». Pour le concepteur de la campagne, le Montreusien Serge Rentsch, cité dans La Presse Riviera Chablais, ce sigle «détourne la nomenclature administrative en une abréviation potentiellement ludique et facilement mémorisable pour décrisper, faciliter l'approbation, même critique, du message par le public». C'est une nouvelle mission de l'Etat: décrisper le contribuable avant l'opération d'ablation du revenu.

Christiane Langenberger saura aujourd'hui si elle est en disgrâce ou non pour la présidence du Parti radical. Il y a des probabilités que non. Dans L'Hebdo, elle va dans tous les sens. Elle explique qu'elle attache beaucoup d'importance au rôle social de l'Etat. Mais, attention, «d'un autre côté je suis certainement un peu bourgeoise quelque part». Quelque part… Elle a eu le courage de l'avouer, mais, à ce stade-là, le courage devient suspect.

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