Le Neuchâtelois Jean Studer, dont la cote a toutes les peines du monde à décoller, se fait une raison dans L'Hebdo: «Il y a une dimension tragique dans l'activité politique, c'est l'immédiateté de la reconnaissance et l'immédiateté de la déchéance.» Finalement, il a bien raison. Et durant le temps qui passe entre les deux, on ne vous laisse même pas tranquille.

Pendant ce temps, la mer, qu'on voit danser le long des golfes, n'est plus très claire. Le naufrage du Prestige est un événement dramatique. Certes, mais marginal à côté de la vague qui a retourné le TechnoMarine de Stève Ravussin qui filait droit vers la reconnaissance. Patatras. Il a donc eu ce mot: «Couillon comme je suis, je me suis endormi trop profondément.» 24 heures commente: «Stève Ravussin est désormais un «couillon». Cette expression, la sienne, cache pudiquement une profonde détresse.» Il était un peu trop couillu, il est devenu couillon. Mais il est resté pudique.

Pourtant, ce fut une belle semaine, il y en a eu des titres: «Ravussin poursuit sa marche en avant», «La victoire en ligne de mire», «Le calme revenu n'empêche pas Ravussin de foncer vers le record», «Tout baigne pour Ravussin», «Ravussin dans un fauteuil», «Alizé royal pour Ravussin», «Ravussin navigue au paradis»…

Tout est poésie dans le langage des marins. «Ça va monstre bien», disait Ravussin lundi dans Le Matin. Puis, mardi, dans Le Temps: «Ça va nickel! J'ai un peu d'alizé, je suis sous gennaker avec un ris. C'est tranquille!» Puis: «J'ai trente copains de Suisse qui viennent. Ils ont loué une maison. Ça va être de la folie.» Dans 24 heures, «ce n'est pas maintenant qu'il faut risquer de partir sur le toit» et encore dans Le Matin, comme pour conjurer le sort, «s'il m'arrive un truc à cinquante mètres de l'arrivée, je crois que je terminerai à la pagaie». Mais non, mais non…

Mais voilà, jeudi, «l'alizé, c'est merdique!» Son principal concurrent Michel Desjoyeaux, qui passe en tête, n'en revient pas: «C'est con, c'est con, c'est con, c'est con. Ça me scie un peu le bras et la parole.» Dans les sports extrêmes aussi, ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément.

Revenons à Jean Studer, qui ne risque pas comme Ravussin de s'endormir si proche de la victoire. Pour la bonne raison qu'il est plus près de Pointe-à-Pitre que de Berne. Dans L'Hebdo, un camarade l'a consolé après son audition par les pontes du parti: «Tu serais venu à la salle 86, tu aurais ouvert les fenêtres, tu te serais lancé dans le vide en faisant un triple salto avec une réception en douceur sur le parking, on aurait dit: c'est normal, c'est un homme!» Il a bien fait de ne pas tenter le coup.

Alors que sa cote est à la descente, Jean Studer pourrait se lancer dans la peinture. Il déclare: «C'est effarant de voir tous ces conseillers fédéraux qui se sont succédé et dont on ignore aujourd'hui jusqu'à l'existence, cependant que les peintres suisses qui ont explosé au début du siècle continuent d'exister aujourd'hui.» Et surtout chez les peintres, il n'y a que très très peu de femmes.

Pour sauter du coq à l'âne, tout en restant dans le domaine des «success stories». La rédaction de L'Hebdo a rendu hommage à sa rédactrice en chef Ariane Dayer, «un roc, une éruption violente et rude de la nature valaisanne». Le dithyrambe est à la hauteur de l'émotion: «Elle croit […] à l'écriture comme la juste manière qu'ont les phrases de se ployer aux sinuosités d'une pensée pour l'enduire du suc absolu de l'instant.» C'est fort. Mais chez Ringier, on veut sans doute revenir au sujet, verbe, complément.

Enfin, terminons sur le naufrage du barde tyrolien Oskar Freysinger. Quand on a un ami comme lui, on n'a plus besoin d'adversaires. Le professeur Ulrich Zimmerli a dit qu'il «avait honte d'être identifié à l'UDC». En Valais, c'est le porte-parole Marino Lorétan qui est parti. Le barde tyrolien a dit: «Le comité du parti cantonal m'a assuré de son soutien.» Quel comité? Comme Ravussin sur sa coquille à l'envers, le c… comme je suis!

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