«Nous nous plaignons trop, et souvent sans raison», a déclaré le conseiller fédéral Samuel Schmid lors de son discours du 1er Août. Ouvrant ainsi une mise en abîme vertigineuse, celle de nous plaindre de ce que nous nous plaignons trop.

«Jusqu'à quand voulons-nous assister au spectacle de comment on se fait plumer avec arrogance par des conseillers fédéraux rusés?» s'interroge un lecteur fâché dans 24 heures au sujet d'Expo.02. La réponse est politique: jusqu'à ce qu'il y ait des plus rusés pour prendre leur place.

«Jusqu'à quand faudra-t-il subir et payer de nos impôts les élucubrations de profiteurs qui, sous prétexte de liberté artistique, se complaisent dans la médiocrité où l'arrogance tient lieu de création?» fulmine Le Nouvelliste dans son éditorial du 1er août au sujet d'Expo.02. Jusqu'à quand? Jusqu'à quand? Un proverbe africain dit: «Campé sur la berge, le sot attend la fin du fleuve.»

Le sociologue Uli Windisch est aussi contrarié, dans 24 Heures, de voir s'installer cette «antisuissisme primaire» qui touche aux symboles du pays: «Il faut en finir avec cette logique absurde qui consiste à faire croire que les célébrer relève d'un comportement réactionnaire, que montrer son attachement aux socles d'une civilisation est ringard.» Tout a été dénoncé, le conformisme antisuisse, l'anticonformisme suisse, l'anticonformisme ne s'en est pas trop mal tiré.

«L'ironie sur la Suisse est fatiguée. Il faut lui donner un nouveau visage», a déclaré Nelly Wenger après le spectacle du 1er Août à Expo.02. C'est le propre de l'ironie que d'être sans fin. Comme dans le mythe de Sisyphe. La Suisse étant le caillou que ses habitants doivent pousser sans fin au sommet. Et ça, forcément, ça fatigue un peu.

Les auteurs de la pièce du 1er Août ont eu cette conclusion: «Etre Suisse, c'est un acte purement administratif, comme la prescription de la taxe pour les chiens.» Disons quand même que cela nous situe dans le concert des nations. Dans de nombreux pays pauvres, on ne taxe pas les chiens. On les mange. Tout comme les singes.

Au lendemain du 1er août, dans 24 heures: «La compagnie 400asa a choisi de prêcher la bonne parole post hippie du retour à la nature en multipliant les coups de reins animaliers en direction des Suisses supposés peine-à-jouir.» Encore un cliché: le Suisse est mauvais au lit. Patriote, mais pas très hot.

Sauf la conseillère nationale Barbara Polla. Elle a beaucoup apprécié le thème des primates lubriques bonobos. Elle raconte dans La Tribune de Genève qu'en 1995 déjà, à la suite d'un article paru dans Scientific American, elle avait fait un discours devant ses collègues du parti libéral: «Quand deux chimpanzés se disputent une banane, c'est le plus fort qui la mange. Mais quand deux bonobos font de même, une femelle intervient. Elle les calme par le biais de contacts physiques et le tour est joué, ils se la partagent.» Comme quoi il n'y a pas que la loi de la jungle, il y aussi le libéralisme bonobo.

Mais on ne peut pas rigoler de tout. Ainsi Le Matin relève qu'il y a des «seringues dans les bacs à sable» à Fribourg. Pas des meringues, des seringues. Une mère de famille «en a marre de voir ses enfants s'amuser entre balançoires et toboggans en évitant seringues abandonnées et crottes de chien des toxicos». Peut-être même qu'ils droguent leur chien pour empoisonner leurs selles. Et ce serait étonnant qu'ils paient la taxe.

Enfin, on n'a toujours pas trouvé le coupable. Dans un reportage sur l'affaire de l'agression du petit Luca à Veysonnaz, dimanche.ch décrit ainsi la station valaisanne: «Jeudi soir, la station vide des touristes qui ne viennent pas organisait un marché typique pour plaire à ceux qui ne sont pas là.» Ainsi, même ceux qui ne viennent pas ne sont pas là. L'immense majorité des non-coupables se méfie.

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