Vous reprendrez bien un peu de Pascal Couchepin? Le ministre de l'économie est en route vers le zénith. Cité par La Tribune de Genève, il déclare «ne pas vouloir un programme étatique pour relancer l'économie». Selon lui, la reprise viendra «d'elle-même» au milieu de l'année prochaine. Tout simplement parce qu'il sera président de la Confédération.

Dans cette perspective, Le Matin dimanche a créé le concept du «plus puissant des Romands». L'on verrait presque une contradiction dans les termes. Pascal Couchepin a été sacré roi des Romands par quarante-cinq personnalités qui se sont classées entre elles. Hélas, il ne figure pas dans le classement «Stature intellectuelle» où l'on trouve, à la troisième place, le redoutable Léonard Gianadda. L'ego de tout le monde en a pris un coup.

Mardi, sa royale prestance est venue défendre l'ouverture du marché de l'électricité à Genève devant l'association «PME et politique». Il s'en est pris au roi de Lausanne, Daniel Brélaz: «Des municipalités comme Lausanne vendent du courant au-dessus de son prix de revient pour financer leurs activités dans le domaine du social; mais alors il s'agit d'une fiscalité indirecte et donc antisociale.» L'intelligence agit comme une turbine, on transforme du social en de l'antisocial. Mais ici, c'est gratuit pour les ménages.

La seule ombre à l'horizon, qui risque de courber un rayon du nouveau roi soleil, deux femmes pourraient entrer au Conseil fédéral. C'est du moins le vœu de L'Hebdo. Sa rédactrice en chef, Ariane Dayer, évoque six candidatures très sérieuses: «Elles veulent décider, prendre le risque. Elles sont cohérentes, volontaires, tout simplement patronnes.» S'il y a déjà un patron, on voit mal une patronne.

Le royal patron se frotterait alors à Micheline Calmy-Rey, surnommée par Le Matin – c'est une manie – «la reine»: «Une dame dont on parle beaucoup en ce moment, reconnaît Pascal Couchepin. Mais comme ça, au sortir des vacances, elle m'effraie un peu, car on dit qu'elle a tendance à être workaholic.» Traduction: elle est travailleuse dépendante. Et ce serait évidemment manquer de respect au roi que de travailler plus que lui.

n Autre ombre. Ces satanés paysans qui travaillent beaucoup et qui risquent de gâcher la fête. Vendredi dernier dans les rues de Morges, le plus puissant des Romands avait pour nom «Chacal Couchepin». C'est le genre de lèse-majesté difficilement tolérable. Mais l'histoire montre que, partout où il y a un roi, on découvre tout autour des paysans agressifs.

Les paysans ont pourtant des appuis. Le conseiller national lucernois radical Karl Tschuppert s'inquiète dans la Neue Luzerner Zeitung: «Le ministre de l'agriculture fonce comme un taureau dans un champ de trèfle, sans regarder ni à droite, ni à gauche.» Encore une méconnaissance de l'histoire locale. Le taureau, ça a toujours été Léonard Gianadda.

Dans L'Illustré, on voit Pascal Couchepin tendre les mains comme le Christ au milieu d'une perspective de fromages bio haut-valaisans. Il dit: «Trop de gens de la terre n'ont plus d'espoir. Ils se ferment complètement à toute idée de changement, toute vision d'avenir, et pleurent.» Le pleurnicheur, tel est l'ennemi numéro un de l'économie. En 2003, un arrêté royal imposera le rire.

Dans Dimanche.ch, il est expliqué que Pascal Couchepin est quelqu'un qui montre une «certaine rudesse», mais qu'il ne pratique pas la langue de bois: «S'il y avait plus de Couchepin dans le pays, est-il écrit, la politique ferait moins fuir les citoyens.» C'est un avis, mais s'il y avait plus de Couchepin dans le pays, peut-être n'y aurait-il plus de politique du tout.

Voilà que Couchepin Ier, selon Le Matin, va publier un livre d'entretien avec l'écrivain-philosophe valaisan Jean Romain Putallaz. Ou quand la droite d'affaires rencontre la droite d'idées. Le titre est «Je crois en l'action politique». A partir de là on peut tout imaginer. «Je crois au tennis» avec Marc Rosset, «Je crois à la main invisible» avec Bertrand Piccard ou «Je crois au temps qui passe» avec Nicolas Hayek. Etc.

Enfin, dans L'Illustré, il dit aussi au sujet des importateurs de viande qui ont des rentes sous forme de quotas: «Il faut abattre la Bastille des privilèges.» Comme quoi on peut être sacré roi et dire une bêtise tout à fait populaire.

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