La terre est un grand tribunal et ses héros sont les avocats. Le procès du rapt Lagonico nous démontre que nous avons des avocats extraordinaires, consacrés par Le Matin. Me Eric Stoudmann «discret, efficace, est un véritable seigneur du barreau», Me Eric Stauffacher «l'un des meilleurs plaideurs de Suisse», Me Dominique Warluzel, le «ténor genevois», Me Jacques Barillon et Me Jacques Michod «un double de champions (.), l'équipe gagnante». Le seul qui émerge un peu de tous ces grands hommes, c'est Me Laurent Moreillon, défenseur du principal accusé, qualifié de «Vaudois discret». Un bon point pour son client.

On s'étonne par ailleurs d'une réponse faite par Jacques Barillon dans Télé-Top Matin au sujet du refus des caméras dans les tribunaux: «Le microcosme judiciaire agit trop souvent en catimini, par crainte de s'exposer au regard du public. Et un avocat redoute la mauvaise publicité d'un procès en direct.» Avec ou sans caméra, pour le catimini, on peut dire que c'est raté.

Au premier jour, toute cette affaire a tenu dans un regard. Christian Pidoux reprochait à sa future victime son dédain pour les gens modestes. Car le futur kidnappé est arrivé un jour dans une soirée en Porsche avec deux superbes nanas et «il n'a pas prêté un regard au serveur». Sur un plan politique, on s'étonne que la gauche ne soit pas encore intervenue dans ce procès.

Les accusés étrangers, eux, n'ont pas de souci à se faire. Comme témoigne dans dimanche.ch la femme d'un des kidnappeurs étrangers: «Mon mari a fait du mal, il doit payer. C'est normal. La loi suisse interdit que des étrangers soient libérés provisoirement, alors je ne trouve pas qu'il y ait d'injustice. Et les riches sont toujours avantagés, c'est comme ça dans tous les pays.» Le bon sens a parlé. Le problème, c'est quand il y a des riches des deux côtés.

Par contre, l'accusée Katia Pastori, elle, a droit à bien des égards. Sur cette affaire, toujours dimanche.ch explique que l'on trouve sur le site «webdo.ch» «de belles photos de tous les protagonistes de l'affaire». Et cette remarque: «La transformation physique de Katia Pastori au fil des ans est exceptionnelle.» Là on voit la patte de l'avocat.

Sur le même sujet, lu cette légende d'une photo dans La Presse: «Ce n'est pas Monica Lewinsky, de dos, mais Katia Pastori réconfortée devant la presse par son avocat, Me Jacques Barillon.» Tant de photos, tant de photos, à tel point qu'on se demande si l'on n'assiste pas à une idylle plutôt qu'à un procès.

Le métier d'avocat n'exclut pas l'art de la parabole. Ainsi s'exprime dans L'Hebdo Me Dominique Poncet, défendeur du Russe Pavel Borodine. A la question de savoir si les grosses affaires du Parquet sont bonnes pour le Barreau, il répond: «Pour prendre une image, nous sommes une scierie. On nous amène des troncs qui ont été abattus à scier et on est payés pour ça. Comme commerçant, on peut trouver ça bien. Comme citoyen, on peut se demander si on n'est pas en train de détruire les forêts.» Dans la justice aussi, rien ne vaut le développement durable.

Pour changer de sujet, le Conseil de la presse, la haute cour de la profession, est dure avec les journalistes. Après l'affaire de la montre acquise avantageusement par le rédacteur en chef de Bilan, il demande d'assainir la pratique. L'ATS s'en fait l'écho: «De manière générale, n'accepter aucun cadeau reste le meilleur moyen d'assurer l'indépendance du journaliste.» Mais si on ne reçoit plus de cadeaux, c'est qu'on n'a plus d'amis. Et c'est un bien dur métier.

On n'a plus d'amis et l'on est peu de chose. C'est sans doute ce qu'a voulu dire jeudi soir le présentateur du TJ Darius Rochebin au nouveau directeur de la TSR, Gilles Marchand. Le subordonné s'adressait alors à son nouveau supérieur pour amorcer une question sur le marché médiatique: «Vous et moi, finalement, on est peu de chose.» Comme cela sonnait vrai.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.