«Sans lui, nous serions tous des experts-comptables», a titré Le Temps en citant Jacques Brel après la mort de Trenet. Eh bien, nous sommes toujours des experts-comptables. Et c'est une bonne chose. Mieux vaut une comptabilité bien tenue qu'une chansonnette à trois accords.

La polémique des salaires des directeurs des CFF a été exemplaire du point de vue médiatique. La Berner Zeitung sort l'affaire samedi dernier. En Suisse romande Le Matin se mobilise, le lecteur est sollicité: «Trouvez-vous normal qu'un directeur des CFF gagne davantage qu'un conseiller fédéral?» Le lendemain, c'est 95% de «non» et on en est tout retourné.

«Les hauts responsables des anciennes régies se frottent les mains et se remplissent les poches», «Une colossale escroquerie envers le peuple suisse», «Un salaire mensuel de 15 000 francs est largement suffisant pour un couple avec enfants», «On vit dans un pays où les riches deviennent de plus en plus riches, et les pauvres de plus en plus pauvres.» Le peuple a parlé et on peut dire que sur ce coup-là, il s'est bien défoulé.

Le plus à plaindre est sans aucun doute Benedikt Weibel, le roi des pharaons. Lu dans un compte rendu du Courrier relatant la conférence de presse de Berne: «Non sans une vive tension intérieure, le président de la direction de l'entreprise Benedikt Weibel a lui-même présenté les chiffres le concernant.» Heureusement qu'il ne dirige pas les chemins de fer japonais. Au lieu du micro, on lui aurait tendu un sabre.

Benedikt Weibel, le chef de la bande donc, pris la main dans le sac, s'est toutefois rendu compte de la situation délicate dans laquelle il s'était mis. Cité par Le Temps: «Il semble effarant que des salaires tels que le mien soient fixés à une hauteur que ne réalise pas le commun des mortels.» Si, si, pourtant, il ne faut pas sous-estimer le commun des mortels, quand il doit travailler dix ans pour gagner autant.

Mais sa plus grande faute, c'est d'être de gauche: Le Matin lui pose ainsi la question fatidique: «Comment un homme de gauche peut-il cautionner de tels salaires et déclarer que l'argent ne fait pas le bonheur?» Combien de fois faudra-t-il répéter aux gens de gauche qu'ils sont faits pour rester modestes. Et heureux.

Lu dans Le Journal de Martigny à ce sujet: «C'est de toute façon pas très moral de gagner trop.»

Toujours au sujet des revenus, le magazine Bon à savoir a levé un lièvre au sujet de la réforme fiscale de Kaspar Villiger. Là aussi, il faut déchanter: «Les époux riches recevront le plus gros cadeau fiscal. Avec un revenu annuel de 300 000 francs, un couple marié devrait payer 6528 francs d'impôt en moins qu'actuellement. Le même couple avec un revenu de 160 000 francs économiserait 2682 francs. Et avec 90 000 francs, il ne gagnera plus que 612 francs.» Et ceux qui ne paient pas d'impôts n'auront même pas droit à un cadeau.

En Valais, la nomination d'Eric Lehmann à la tête de Provins suscite toujours des interrogations. L'Hebdo n'est d'ailleurs pas tendre et écrit qu'il fallait un véritable manager et non «un homme de paille aux mains d'administrateurs plus soucieux de conserver leur pouvoir que de s'assurer le développement de leur coopérative». Ce n'est pas grave, on fait bien du vin de paille. Mais c'est quand on va savoir combien il gagne qu'on va rire à la cave.

Dans L'Evénement syndical, on apprend que le salaire des paysagistes augmente de 200 francs par mois: «Après les mauvaises herbes, les travailleurs récoltent leur blé», est-il écrit.

Dans le même journal, on découvre le cas d'une jeune employée de pizzeria à Gland, qui travaillait «plus de quarante heures en cuisine par semaine pour 660 francs par mois». Ça doit faire rêver Benedikt Weibel.

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