Salaires élevés, indemnités de départ, trou d'air dans la caisse, plaintes diverses, l'argent est au centre de tout. L'Illustré y consacre modestement un article en interrogeant une psychologue: «On considère en psychanalyse, explique-t-elle, que l'argent appartient au domaine de l'analité, c'est-à-dire au stade de développement où l'enfant apprend la propreté.»Cela pourrait expliquer le concept de l'argent sale.

Elle ajoute encore ceci: «C'est là que l'enfant découvre pour la première fois qu'il peut donner quelque chose, en l'occurrence ses excréments, et faire ainsi plaisir à sa mère, être félicité; ou les retenir pour s'affirmer contre elle.» D'où l'on peut déduire que la maman du patron démissionnaire de SAirGroup, Eric Honegger, a dû être gâtée.

Pourtant, rien ne sert de pousser des hauts cris. Dans Construire, le conseiller national Claude Frey vient au secours des administrateurs de la compagnie nationale mangeuse de millions: «S'ils ont peut-être fait n'importe quoi, ce ne sont pas n'importe qui. S'ils ont commis des erreurs stratégiques, c'est, j'en suis convaincu, en toute bonne foi.» Soyons de mauvaise foi: «Pas n'importe qui fait n'importe quoi de bonne foi», c'est pour n'importe qui vraiment n'importe quoi.

Dans un commentaire, L'Hebdo déplore l'aspect choquant des chiffres articulés: «Des pertes qui s'aligneraient par centaines de millions et des conseils payés à prix d'or à des consultants de luxe: 100 millions en dix ans.»Les consultants, c'est comme les montres, il faut payer la marque.

L'existence de salaires élevés est donc nécessaire à une certaine économie, celle des montres qui font rêver. Salon de Bâle, salon de Genève, honnêtes gens, il faut choisir: la «Rectangulaire allongée» de Piaget à 21 600 francs, la «Diagono Platino» de Bulgari à 37 400 francs, «The Premier Collection» d'Harry Winston à 84 800 francs ou la «Dynamographe Jules Audemars» à 404 000 francs! Ce n'est pas avec un salaire de journaliste ronchon qu'on fait tourner le business.

L'administrateur de chez Piaget, Philippe Léopold-Metzger, confirme la tendance à la hausse dans le numéro spécial Montres Passion: «Nous allons travailler davantage dans le segment 40 000 – 80 000 francs, avec la volonté d'augmenter le prix moyen de nos montres.» Inéluctablement, la politique salariale des grandes sociétés doit suivre.

Le Matin fait observer lui aussi: «Le luxe est dans l'air du temps.»«Le consommateur en redemande. Nous avons couvert nos modèles de diamants», glisse-t-on chez Longines. Glisse-t-on, pour ne pas faire de bruit.

Mais tout n'est pas si simple. Ainsi lit-on dans le supplément du Temps: «Un pendentif en acier serti de diamants peut-être perçu comme objet de luxe en Italie et complètement dénigré sous d'autres latitudes.»Sans doute en Afrique, ces latitudes dénigreuses n'ont pas le même sens des valeurs.

La Banque Cantonale de Genève aussi a ses pertes luxueuses. La ville attaque les réviseurs d'Ernst & Young. Ils répondent, cité par l'ATS: «Le travail en question a toujours été accompli dans le respect de la loi et des règles professionnelles.» Un trou de 2,7 milliards plus tard, on se demande s'il ne vaudrait pas mieux parfois que le travail en question soit fait dans l'illégalité.

Enfin dans La Liberté, à l'occasion d'un reportage sur Joseph Safra, le frère de feu Georges, on constate que les affaires sont tendues dans le milieu des banques privées. «Sous couvert d'anonymat», le président du conseil de surveillance d'une grande banque privée genevoise explique: «La compétition est devenue très importante. Regardez, rien qu'à l'aéroport: autrefois si discrètes, les banques privées, qui n'employaient que leurs initiales, s'étalent aujourd'hui nommément sur les murs.» Une telle observation méritait bien l'anonymat.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.