Bien que nous soyons effectivement dans le XXIe siècle, les esprits sont toujours autant marqués par la phrase d'une grande audace prémonitoire de l'écrivain André Malraux:« le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas.» Si cette formule n'a rien de génial en soi, elle constituera encore longtemps un excellent point de départ pour qui veut amorcer une réflexion sur l'avenir qui nous attend, pour faire volontairement un pléonasme pittoresque. Car quand on court après l'esprit, «on attrape la sottise».

Selon l'ermite valaisan Nicolas Buttet, qui écrit dans Le Nouvelliste, Malraux n'aurait pas dit «spirituel», mais bel et bien «mystique». Ca fait nettement plus sérieux, car «les supercheries spirituelles, passées les premières heures glamour, laissent le cœur bien vide et bien amer», note-t-il. Par contre le mystique «c'est le surgissement vertigineux du besoin d'être sauvé qui est bien là et qui appelle un Sauveur». Ce qui laisse le cœur bien repu et bien content.

Il y a mieux encore. Le XXIe siècle sera éthique ou ne sera pas. Un des champions de l'éthique, c'est l'écrivain et philosophe Jean Romain. Dans le dernier dimanche.ch. En partant du relookage de Martina Chyba, il écrit: «Le divertissement, partout, et jusqu'à la nausée. Rien n'est monotone, certes tout change, tout est fantaisie, avec ceci peut-être de critique qu'il y a maintenant une monotonie de la fantaisie.» Mince alors. Et: «Au fond, le look n'est rien d'autre qu'une simulation de la différence; une mise en scène adroite qui n'a pas de contenu; une extériorité privée d'intériorité.» D'un siècle à l'autre, une chose est sûre, les rabat-joie sont toujours parmi nous.

En Suisse le XXIe siècle sera ferme ou ne sera pas. «Quand j'entends que certains cantons se montrent très généreux dans l'octroi de permis et qu'ils sont conscients d'enfreindre la loi fédérale, je leur dis très clairement que je ne le tolérerai pas.» Citée par l'ATS, Ruth Metzler confirme qu'à l'exemple du XXe, le XXIe siècle ne sera pas généreux, mais rigoureusement contingenté. La loi, mais pas l'esprit.

Le XXIe siècle sera irrespectueux envers l'autorité. Pascal Couchepin reste une cible de choix. Dans l'éditorial du dernier dimanche.ch, au sujet de l'Europe, Christophe Passer a trempé sa plume dans le fiel: «Le conseiller fédéral valaisan aura montré durant cette courte campagne sa petite stature: celle d'une simple grande gueule.» C'est particulièrement insultant pour les Valaisans. Mais qu'importe la bave des crapauds, en Valais, le XXIe siècle sera valaisan ou ne sera pas. Et le XXIIe aussi et tous les suivants.

Avec Moritz Leuenberger à la présidence de la Confédération, on n'aura peut-être pas un siècle, mais en tout cas une année d'un humour subtil. En ouvrant la conférence de Davos en citant Marx comme «un pionnier de la mondialisation et donc un lointain précurseur du Forum économique mondial», il donne une bonne définition ce que signifie être spirituel.

Le XXIe siècle s'annonce en tout cas moins postal. Dans L'Express de la semaine dernière un syndicaliste faisait part de ses inquiétudes à propos du secret postal lorsque des bureaux seront mélangés avec des commerces: «Ce ne sera pas l'épicerie qui va entrer dans la poste, mais la poste qui va entrer dans l'épicerie.» Certes, on a déjà le secret postal, bancaire, médical, professionnel, d'instruction, de fonction, de la confession, des urnes, il faut bien introduire le secret d'épicier.

Le XXIe siècle sera surtout suisse. En paraphrasant une autre citation de Malraux, on veut dire enfin qu'il ne faut pas croire, comme le voudraient certains, que «l'homme devienne plus homme en devenant moins suisse».

Bref, comme disait le maître de l'esprit, Rivarol: «L'esprit voit, brille et frappe; il est inspirateur, en un mot prompt et brillant.»

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.