Dans 24 Heures, le directeur du Temps stratégique Claude Monnier lance quelques piques au directeur du Forum de Davos Claude Smadja pour une de ses prestations télévisées sur la TSR, où il a parlé avec mépris des contre-manifestants. Il avait terminé en disant qu'il faut «maintenir la loi et l'ordre». «S'il n'y a plus que cela, tout est perdu», regrette Claude Monnier.

Oui et non, car l'ordre, le mot, est un vocable rare, que l'on n'ose plus guère utiliser. Un mot trop connoté à droite. L'UDC est semble-t-il encore la seule force politique dont le vocabulaire contient le mot «ordre». Ainsi a-t-elle présenté cette semaine un rapport sur l'intégration dont la conclusion est celle-ci: il faut «imposer l'ordre et non pas discuter intégration». L'UDC aurait dû commencer directement par un rapport sur l'ordre.

Revenons à Claude Smadja, qui n'a pas tenu compte de la remarque de l'autre Claude. Et il a persisté cette semaine. Cité par l'ATS: «En cas de trouble, le dommage ne sera pas pour le forum, mais pour l'image de la Suisse en tant que démocratie et pays dans lequel règnent l'ordre et la loi.» Il ajoute: «On s'est fait une raison, cela fait partie de l'ordre des choses comme une épidémie de grippe.» Implicitement, il admet qu'il y a un ordre des choses dans le désordre. Une théorie du chaos inévitable.

Un lecteur du Courrier explique: «Davos la ville […] redoute comme la peste une bataille de boules de neige entre WEF et WOW. On espère que les autorités fédérales ne se sentiront pas dans l'obligation d'envoyer de la troupe non armée pour maintenir l'ordre dans ce haut lieu du tourisme de luxe.»

Trop tard. «Signe d'une certaine fébrilité, le contingent a plus que quadruplé par rapport à l'année dernière», informe la police grisonne. Trois cents gardes-fortifications seront sur place, et pas pour aligner des boules de neige dans l'ordre et la discipline.

Fait divers. On lit dans L'Express que l'arrestation d'un fumeur de joint s'est mal déroulée à Delémont et a dégénéré en bagarre entre les agents et des amis du prévenu arrêté dans la rue. Des coups sont partis d'un côté et de l'autre. L'officier de service constate amer: «On conteste de plus en plus notre autorité. L'uniforme ne fait plus peur.» En voilà un qu'on n'enverra pas à Davos.

Mais parfois les forces de l'ordre deviennent amies des milieux les plus récalcitrants. Des squatters genevois ont demandé l'assistance de la police pour les défendre contre d'autres qui mettent le feu à leur bâtiment. L'éditorialiste du Matin trouve que c'est une bonne chose pour éviter un drame: «Car la vie d'un homme, même celle d'un «squatter qui ne respecte rien», n'a rien à voir avec la valeur d'un immeuble.» Il y a tout de même à Genève des immeubles qui valent passablement cher. A Davos aussi.

On sent effectivement une certaine fébrilité. Un conseiller municipal vert de Genève s'en prend à l'armée dans Le Courrier: «Les grands stratèges sont des nains, ils nous embrènent et ils nous conchient sans scrupule.» On apprécie la vivacité du propos, mais c'est aussi l'occasion de remettre au goût du jour un verbe rare et oublié: embrener, qui signifie en fait salir de m…

Un fait divers qui s'est passé au Festival mondial du cirque à Paris est peut-être prémonitoire d'un dérapage. Dimanche dernier un numéro d'arbalète s'est mal terminé: «Au lieu d'atteindre la pomme posée sur la tête de sa partenaire, le tireur a planté sa flèche à quelques centimètres de l'œil, vers l'arcade sourcilière.» Si l'on n'observe pas la tradition, il faut s'attendre à des accidents. C'est le fils du tireur qui doit être sous la pomme. Cela dit, aujourd'hui, dans quel camp serait Guillaume Tell à Davos? La réponse n'est pas simple.

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