On n'atteint pas tous les jours le sublime. Mais, une fois par an, la Saint-Valentin nous donne des ailes, à nous pauvres plumitifs.

Il y a les adeptes de la fidélité à travers les épreuves du temps. «Avec quelle personnalité romande aimeriez-vous réaliser un fantasme?», interroge L'illustré. «Massimo Lorenzi et Lolita Morena», répondent en chœur lectrices et lecteurs. Ainsi, d'année en année, nos fantasmes ne changent pas. L'illustré et ses lecteurs non plus. Nous vieillissons donc ensemble.

Pour L'illustré, l'Amour «c'est un vrai mystère dont nous accomplissons le rite tous les 14 février». A ce rythme, on comprend que cela reste un mystère.

Toujours dans cet excellent hebdomadaire, ceux qui cherchent «une femme ou un homme avec lequel marcher main dans la main le long du chemin» doivent savoir que «ce n'est qu'en marchant véritablement l'un vers l'autre que l'on peut faire jaillir l'étincelle de l'amour». L'amour désoriente. C'est aussi un exercice difficile si en plus on regarde ensemble dans la même direction.

Mais où trouver l'Amour? Coopération a interrogé un sociologue pour fournir les adresses: «Dans les lieux privés, les lieux réservés et les lieux publics». Aucun lieu commun n'aura été ignoré.

Le Matin, pour sa part, connaît ses premiers émois: «Des mains qui se saisissent, deux êtres qui se dévorent des yeux, puis des lèvres qui s'unissent, ça doit sûrement être ça le bonheur.» Le Matin n'en sait pas plus.

Mais, du moins, Le Matin le dit avec des fleurs: «L'amour et l'argent font tourner le monde.» Il manque une rime, bien sûr, puisque la version populaire parle «du cul et des écus». A la Saint-Valentin, Le Matin a quand même sa pudeur.

Enfin le quotidien vaudois tient à rassurer ses lecteurs: «Un petit bec d'oiseau complice après trente ans de mariage fait comprendre sans parler toute l'affection des vieux amants.» Voilà les petits oiseaux et les vieux complices. A quoi se résume la sexualité des quinquas.

On tombe parfois sur des réalistes, comme au Temps. «Pour toujours, si possible», titre votre quotidien en Une. Il y a des journaux, comme ça, où l'on expérimente régulièrement la précarité des choses.

Voici qu'apparaissent enfin les aventuriers de la drague sur la Toile. La Presse a osé tenter l'aventure du flirt par Internet et arrive à cette conclusion dramatique: «Où sont les femmes? Et dire que plus de la moitié de la population de cette planète descend directement d'Eve!» Les garçons, eux, sont issus du cybersexe.

Tout cela ne laisse pas de marbre la Tribune de Genève, qui ne voit que «la confusion feinte et molle d'une Saint-Valentin». Ça arrive, parfois.

L'Hebdo verse une larme sur la «fin lamentable» du couple Kidman-Cruise, mais surtout «pleure pour Isabelle et Connor, ces éternels petits sacrifiés du mythe hollywoodien». Inquiétude: L'Hebdo les adoptera-il?

Les lecteurs aussi ont du talent pour dire des mots doux. Dans les tendres messages du Monde, on recense ainsi «une grenouille qui crôa», une libellule, un «mouflon qui cueille des agapanthes», une souris, un «garçon à tête de chat», une «petite chatte rousse», une puce, et dans Libération «un ours qui l'a séduite». Vois-tu, ma poule, l'amour rend bébête.

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