Revue de presse

Qui succédera à Angela Merkel, la dauphine ou le revanchard?

Continuité, avec Annegret Kramp-Karrenbauer, ou rupture, avec Friedrich Merz? C’est tout l’enjeu sur lequel ont à se prononcer ce vendredi les délégués de la CDU, dernière page de presque vingt ans d’histoire. Avec «le vieux» Schäuble qui tente de tirer les ficelles dans l’ombre…

Dix-huit ans qu’elle est là, à occuper le devant de la scène politique outre-Rhin. Mais une nouvelle ère s’ouvre ce vendredi pour la Christlich Demokratische Union Deutschlands (CDU). Les délégués de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne, réunis en congrès à Hambourg, élisent aujourd’hui le successeur d’Angela Merkel, 64 ans, à la présidence du parti. Car, on le sait, la chancelière a décidé en octobre d’abandonner la tête de la CDU après plusieurs déboires électoraux dans les länder.

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Deux personnalités aux projets opposés se sont largement détachées pour prendre la relève de la chancelière, qui occupe la présidence du parti depuis 2000. Ils se placent aussi en pole position pour la remplacer à la tête du gouvernement allemand. Il s’agit d’abord de l’actuelle secrétaire générale de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, déjà surnommée AKK, protégée de Merkel et considérée comme la candidate de la continuité, son héritière naturelle, en quelque sorte, «qui fait trembler les mâles de la CDU», selon Mediapart.fr:

Et puis, il y a Friedrich Merz, un rival de longue date de l’actuelle présidente des chrétiens-démocrates, qui promet un changement plus radical. Un troisième candidat s’est aussi profilé en outsider, l’actuel ministre de la Santé, Jens Spahn. Les 1001 délégués de la CDU vont les départager lors de leur congrès annuel. Et selon un sondage réalisé par l’institut InfraTest Prüftechnik pour la chaîne de télévision de l’Arbeitsgemeinschaft der öffentlich-rechtlichen Rundfunkanstalten der Bundesrepublik Deutschland (ARD) diffusé jeudi, AKK est favorite avec 47% des intentions de vote, contre 37% pour Merz et 12% pour Spahn:

L’enjeu de ce scrutin va bien au-delà du parti conservateur, puisque le vainqueur sera probablement candidat à la chancellerie lors des élections fédérales de 2021. D’où la question: rupture ou continuité? Le Spiegel fait d’ailleurs remarquer que «dans l’histoire de la CDU, il n’y a jamais eu trois candidats aussi profilés pour l’élection à la présidence. […] En règle générale, le parti convient d’une personnalité unique, à l’avance. Sauf exception, en 1971, lorsque se sont affrontés Rainer Barzel, chef de faction de l’Union au Bundestag, et le premier ministre de Rhénanie-Palatinat d’alors, Helmut Kohl

Alors, dans cette configuration, «quel jeu joue Wolfgang Schäuble»? C’est la question que pose le Tagesspiegel, dans un article repéré par Courrier international. «En prenant position dans la dernière ligne droite en faveur de Friedrich Merz – plutôt que pour […] Annegret Kramp-Karrenbauer, qui le devance dans les intentions de vote –, «le Vieux» tente d’influer sur le choix des […] délégués»:

«Quel intérêt pour l’actuel président du Bundestag, qui a déjà une immense carrière politique derrière lui?» Friedrich Merz est de retour sur la scène politique au moment où, souligne le quotidien berlinois, «Merkel va bientôt la quitter». Dans ce contexte, Schäuble pourrait «être le chancelier de transition jusqu’à ce que l’Union [CDU-CSU], lors des prochaines élections (anticipées), forme encore le plus grand groupe parlementaire – et que l’heure de Merz soit venue». Sans être certain du scénario, le quotidien berlinois (de gauche) assure à vingt-quatre heures du scrutin: «Il y a quelque chose d’historique dans l’air, qui dépasse largement le simple départ de la présidente d’un parti.»

A la fin du mois d’octobre, d’ailleurs, le quotidien finlandais Helsingin Sanomat, cité par Eurotopics.net, doutait qu’Angela Merkel tienne jusqu’au bout de son mandat de chancelière en 2021. Ce qui se dit, en finnois, pour la petite histoire: «Euroopalla voi tulla vielä ikävä Merkeliä.» En fait, «Merkel a beau dire souhaiter rester chancelière, il est difficile de ne pas voir dans son départ de la présidence du parti le geste décisif qui annonce la fin d’une ère. Théoriquement, il est possible [qu’elle] reste chancelière jusqu’au bout de son mandat […]. Mais on ne parierait pas un euro qu’elle relèvera la gageure. La coalition au pouvoir en Allemagne se caractérise par des tensions permanentes. Et le nouveau ou la nouvelle président(e) de la CDU ne voudra sûrement pas rester indéfiniment dans l’ombre de Merkel.»

De son côté, en Pologne, Rzeczpospolita explique pourquoi la chancelière n’a cessé de perdre le soutien de son propre parti: «On aurait tort de vouloir expliquer les remous au sein de la CDU [seulement] par le mécontentement suscité par la politique d’immigration de Merkel, qui a engendré un violent conflit avec la CSU, son pendant bavarois, menaçant la stabilité du gouvernement central à Berlin. Beaucoup de politiques conservateurs ont du mal à accepter que la lettre «C» dans le nom de la CDU, autrement dit sa composante chrétienne, est en train de dépérir. C’est l’œuvre de Merkel, qui a clairement réorienté la politique de son parti vers le centre. Elle continuait certes de remporter les élections, mais avec des marges de plus en plus ténues.»

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