Aujourd’hui, mardi, c’est mon anni. Je suis née ce matin à 6h et, il y a pile 49 ans, ma chère grand-mère s’est paraît-il exclamée en débarquant en transe à la maternité: «Plus jamais je ne serai triste le jour des morts!» Car oui, j’ai eu cette drôle d’idée – avec la complicité évidente de mes parents – d’arriver à la vie le jour où le monde catholique célèbre les trépassés. En fait, non, soyons précis. Le 1er novembre, en France et à Fribourg, on vénère les saints, qui sont morts également mais dans des circonstances un peu plus classe que le menu fretin. Et le 2 novembre, on rend hommage aux morts de masse, à nos chers disparus, nos proches, nos amis. Bon, comme les lecteurs de la version papier du «Temps» vont lire cette chronique le 2 novembre et que, depuis samedi, je suis dans une perpétuelle fête halloweeno-gothique avec maquillage gore et mojito à gogo, je peux continuer à jouer sur la confusion. J’ai le droit, de toute façon, c’est mon anni.

Naître le jour des morts, donc, c’est comme danser le jerk quand l’assemblée déroule un menuet, s’habiller en pinky fluo à une soirée Dark Knight ou boire des litres de vodka chez les AA. C’est bizarre, étrange, un peu mal venu. Ça fait comme une grosse bonne disto de Nirvana. Un son pas propre, mais pas mal aussi. Bref, un pied de nez pour commencer la vie. Joli.

A propos de mort et de pied de nez, j’ai adoré les propos du sexologue Georges Abraham lorsque je l’ai interviewé sur l’hybristophilie, cette passion qu’ont certaines femmes pour les criminels qui ont beaucoup tué. Alors que j’attendais l’éternel couplet sur la complexe attirance pour le pire en signe d’autopunition excitante, l’octogénaire a salué chez ces amoureuses atypiques leur capacité à imaginer le meilleur pour des êtres condamnés et damnés. Les serial killers et autres terroristes ont tous un problème avec leur corps, dit le spécialiste. En leur écrivant «je vous aime», ces femmes les aident à se réconcilier avec leur intimité. Pas sûr qu’on ait envie que Breivik se réconcilie avec son corps, d’accord. Mais j’ai aimé être déroutée dans mes attentes, c’est ce qui fait le sel de mon métier.

Il n’y a qu’une attente que je n’aimerais pas voir déjouée. Je vivrais très mal que Donald batte Hillary. On peut boire, rire et se faire peur pour pouffer, mais il y a des perspectives qui dégrisent de suite et font vraiment flipper. Trump, président des Etats-Unis, c’est la mort d’une certaine idée de la vie.

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