«La gauche perd, le camp bourgeois gagne», «La réforme des rentes prend une nouvelle tournure», «Le «non» clair à l’initiative AVSplus fait du tort à la gauche au parlement», «La gauche perd son levier de menace», «Les Suisses évitent le risque», «L’AVS est-elle menacée de coupe rase?»: c’est en ces termes que l’essentiel de la presse alémanique de ce jour commente les votations du 25 septembre.

«La gauche perd, le camp bourgeois gagne»… Qui croyez-vous titra ainsi? La Basler Zeitung, bien sûr, qui n’en perd pas une miette lorsqu’il s’agit d’enfoncer la gauche de ce pays en la renvoyant sèchement dans les cordes: «Le peuple ne veut pas d’une AVS plus élevée – cependant le futur de la prévoyance vieillesse n’est pas résolu», continue le quotidien du camp blochérien, tandis qu’il égrène les résultats qui selon lui renvoient la gauche sèchement dans les cordes: «Le service de renseignement obtient plus de compétences, les rentes AVS ne seront pas élevées et la révolution écologique bénie en passant par la gauche reste sur le carreau. Les citoyens ont assigné à la gauche, ce week-end, le camp des perdants.» En prime et en page trois du quotidien papier, une photo de Guy Parmelin triomphant. Le journal de combat ne va pas bouder son plaisir, non?

«Réformer avec mesure»

La Neue Zürcher Zeitung (ou «La Nouvelle Gazette de Zurich», comme aiment à dire les beaux esprits francophones) entonne elle aussi un petit air de triomphe, sur le florissant plébiscite des services de renseignement, sur la dérouillée de l’initiative verte. Mais c’est à l’initiative sur AVSplus qu’elle réserve ses apprêts assassins: «La réforme des rentes prend une nouvelle tournure», en allemand, «Die Rentenreform erhält neuen Drall», titre-t-elle en Une. Qu’est-ce à dire?: c’est-à-dire que la «NZZ» est bien décidée à donner le ton dans le grand débat de la législature, le débat sur la prévoyance vieillesse. Aussi prend-elle soin de passer au karcher toute velléité de la gauche d’interpréter malgré tout favorablement les résultats de l’initiative. Et entame-t-elle immédiatement le débat qui a lieu cette semaine aux chambres, en appelant chacun et chacune à la raison. Le commentaire en page suisse d’Helmut Stalder résumant l’essence de sa position: «Réformer avec mesure».

Du côté du «Tages Anzeiger», c’est la faiblesse de la position tactique de la gauche que l’on met en évidence: «Le «non» clair à l’initiative AVSplus fait du tort à la gauche au parlement. »Mais, comme si le journal avait peur de son ombre, il contrebalance immédiatement l’affaire en commentant, sous la plume de Markus Brotschi: «Le camp bourgeois ne doit cependant pas tirer du résultat de fausses conclusions». Car, le «Tages Anzeiger» en est persuadé, les actifs de ce pays ne voteront jamais un démantèlement ou une péjoration du niveau actuel des rentes.

Enfin, la «Berner Zeitung» résume à sa manière les courses: «Les Suisses évitent le risque»: valable pour les trois résultats, le titre en dit long sur la prudence proverbiale des Confédérés, leur besoin de sécurité, leur aversion des expériences risquées, leur bon sens chevillé au corps lorsqu’il s’agit du financement de quelques propositions avantageuses que ce soit. Mais là aussi, le journal semble comme avoir, lui aussi, peur de son ombre: «Ce n’est pas un non pour des pas écologiques ultérieurs» s’empresse-t-elle d’ajouter pour l’initiative Economie verte. De même, «Ce n’est pas une carte blanche» pour les services de renseignements, pour la LRens. Et enfin: «Ce n’était pas le dernier mot» pour l’initiative AVSplus. Bref: plus centriste, tu meurs!

Aussi, le titre hyperanxiogène du Blick réveille-t-il par contraste les morts: «L’AVS est-elle menacée de coupe rase?»…

Mais, que ce soit à Bâle, à Zurich, à Berne, à Saint-Gall ou à Lucerne, une chose est certaine pour la Suisse alémanique: le débat qui compte aujourd’hui et maintenant, c’est celui des rentes vieillesse.

Et en la matière, toutes les parties du pays pensent la même chose, s’il faut en juger par les titres qui émaillent le paysage romand et tessinois.

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