Après la chute du Nasdaq aux Etats-Unis au printemps dernier, l'économie qu'on avait un peu vite baptisée «vieille» avait retrouvé ses lettres de noblesse. Et la Bourse suisse a largement profité des déboires américains en accueillant les fonds des investisseurs déçus de la Nouvelle Économie. Mais même ces douces certitudes ont vécu: depuis ce jeudi, rien ne va plus. La Bourse suisse a dégringolé. L'indice des valeurs vedettes (SMI) a atteint son plus bas niveau depuis le 10 novembre 1998. Le titre de la Zurich Financial Services a perdu un cinquième de sa valeur en une séance. Les poids lourds bancaires ont suivi. Les Bourses européennes ont, elles aussi, cédé du terrain.

En toile de fond de ce minikrash s'inscrivent les perspectives pessimistes aux Etats-Unis, même si les statistiques ne sont pas toutes mauvaises. Le président Bush a tout intérêt à noircir le tableau pour faire passer, entre autres, son plan de réduction massive des impôts. Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale, n'a pas rassuré les marchés, mercredi, avec une courte baisse d'un demi-point des taux d'intérêt. Plus grave, rien ne semble relancer l'économie japonaise atone, plombée par un système bancaire aux abois. Les résultats des entreprises, y compris en Suisse, sont en dessous des attentes gourmandes des investisseurs. Ajoutons un zeste d'irrationalité, et c'est la chute.

Pourtant, la place helvétique a la réputation d'être dotée de nombreuses valeurs défensives, qui devraient la prémunir de tels à-coups. Mais elles n'ont pas résisté au climat général de déprime. L'argent s'est envolé sur le marché monétaire au profit du dollar et dans les obligations. Décidément, la Bourse suisse n'est plus le temple où les investisseurs aimaient faire tranquillement fructifier leur argent. Comme les autres, elle peut désormais être balayée lorsque se lèvent les vents mauvais du doute et de la peur.

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