Incidences

La Suisse dans le consensus européen

Alain Berset ne tient pas un langage différent de celui des Angela Merkel, Emmanuel Macron, Paolo Gentiloni ou Theresa May: il met en avant la coopération internationale et le multilatéralisme pour venir à bout des courants populistes, écrit notre chroniqueur François Nordmann

Le discours que le président de la Confédération a prononcé à l’ouverture du Forum économique de Davos s’inscrit en droite ligne dans ce qu’on peut appeler le consensus européen. Alain Berset ne tient pas un langage différent de celui des Angela Merkel, Emmanuel Macron, Paolo Gentiloni ou Theresa May: il met en avant la coopération internationale et le multilatéralisme pour venir à bout des courants populistes, protectionnistes et étroitement nationalistes qui fragmentent le monde et nuisent à la stabilité politique, à la bonne gouvernance et au développement économique.

Relever les défis qui résultent des ruptures géopolitiques et des conflits armés interminables, s’attaquer aux causes des mouvements de population en masse et aux situations qui alimentent le terrorisme, telle est la responsabilité commune des gouvernants envers leurs propres populations mais aussi à l’égard du monde entier.

Le primat du politique

On a voulu voir dans ces propos une réponse aux thèses du président Trump. Ce dernier est certes le champion du repli sur soi, du refus des obligations d’un monde globalisé et du rejet de l’urgence de réagir aux changements climatiques. Mais la philosophie que proclament les Européens, à laquelle la Suisse se rattache, s’oppose également sous certains aspects à la version chinoise de la coopération internationale. Surtout, elle contient un mode d’emploi pour garantir l’adhésion populaire aux politiques d’ouverture: établir des protections sociales et des règles qui favorisent la stabilité économique.

C’est depuis le mois dernier le troisième grand discours prononcé par Alain Berset, consacré aux institutions, à la démocratie et maintenant aux conditions de la coopération internationale.

Ces idées-forces sont au cœur de la Charte de l’Atlantique proclamée en 1941 par Churchill et Roosevelt et des institutions de Bretton Woods de 1944, fondements de l’ordre international qui nous régit (et qui est aujourd’hui menacé). Alain Berset s’y réfère au travers d’une citation de John Ikenberry, professeur de sciences politiques à Princeton. Le président de la Confédération conclut son propos en rappelant le primat du politique qui façonne notre société et en détermine non seulement les aspects matériels mais aussi les attitudes, les sentiments et les attentes, y compris des valeurs telles que l’Etat de droit, les droits de l’homme, la démocratie et le sens de la responsabilité pour les problèmes mondiaux. C’est en renforçant leur propre légitimité chez eux que les gouvernements peuvent consolider la coopération et les relations internationales et surmonter les postures de résistance, de frustration et de méfiance. Ils se doivent de réaliser l’inclusion sociale.

Un texte qui donne le «la»

C’est un discours tout en nuances et en fermeté, sans concession au Zeitgeist qui relativise ou dénigre les bases de la démocratie sociale. La notion de responsabilité revient à plusieurs reprises dans le texte, message – ou appel – destiné à l’auditoire composé précisément de dirigeants des principales entreprises de la planète et de chefs d’Etat ou de gouvernement. L’orateur ne souligne pas explicitement les singularités du pays d’accueil, il démontre par sa parole que la Suisse est à l’unisson des grandes préoccupations mondiales sur lesquelles elle tient à s’exprimer. En même temps, c’est bien l’expérience propre de la Suisse qui sous-tend le discours présidentiel et qui lui donne sa force, tranchant par là sur les habituels mots de bienvenue.

Par sa tonalité, ce texte donne le «la» aux multiples exposés qui vont déferler quatre jours durant sur Davos. Il préfigure également ce que seront les thèmes de la présidence au cours de l’année 2018. A vrai dire, c’est depuis le mois dernier le troisième grand discours prononcé par Alain Berset, consacré aux institutions, à la démocratie et maintenant aux conditions de la coopération internationale. Peu avant son élection à la présidence de la Confédération, Alain Berset a dressé un état de la démocratie dans sa contribution au symposium Churchill à l’Université de Zurich; il a plaidé pour le respect des institutions du pays et de leur esprit devant l’Assemblée fédérale lors de son élection et il définit maintenant sa pensée sur les relations internationales.

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