Opinion

La Suisse crée plus d’emplois américains que la Chine

A la veille du voyage aux Etats-Unis de deux conseillers fédéraux, le président de la Chambre de commerce américano-suisse, Sergio Ermotti, rappelle le poids de la Suisse dans l’économie américaine. Autant d’arguments à faire valoir face à la nouvelle administration de Donald Trump

En tant que président de la Chambre de commerce américano-suisse, je crois que les relations entre la Suisse et les États-Unis offrent un modèle qui montre comment les investissements transfrontaliers peuvent renforcer les liens économiques entre les nations, créer des emplois indispensables et accroître la prospérité mondiale grâce à un partenariat financier.

Notre gouvernement le comprend également et je suis sûr que ce message sera renforcé lors de la visite officielle que le conseiller fédéral Ueli Maurer, chef du Département fédéral des finances, et le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, chef du Département fédéral des affaires économiques, de l’éducation et de la recherche, feront la semaine prochaine aux États-Unis.

Pendant ce temps, le monde entier regarde l’Amérique et son nouveau président pour tenter de comprendre où va son administration en termes de politique économique et commerciale et quels impacts celles-ci pourraient avoir sur ses partenaires commerciaux.

America first? Une opportunité

Les premières discussions sur les taxes à la frontière et les tarifs commerciaux ont suscité des inquiétudes quant à un risque de conflits économiques et d’une «nouvelle ère du protectionnisme américain».

Le président Donald Trump l’a expliqué ainsi: «Il existe deux règles simples: acheter américain et embaucher aux États-Unis». Pour certains pays, c’est inquiétant. Pour d’autres, il s’agit au contraire d’une excellente opportunité, une opportunité que la Suisse a déjà saisie.

Alors, qui compte vraiment pour l’Amérique quand il s’agit d’emplois? Eh bien, si l’on regarde les chiffres nets (emplois aux États-Unis par des entreprises étrangères moins les emplois créés par les États-Unis dans ces pays), la Suisse crée plus d’emplois américains que la Chine. Selon les dernières statistiques*, ce sont 370 000 emplois nets en faveur des Etats-Unis.

700 000 postes de travail

À l’échelle mondiale, la Suisse occupe la deuxième place, après le Japon, dans les emplois nets qu’elle crée au profit de l’Amérique. Et si l’on y ajoute tous les emplois liés aux exportations vers la Suisse, le total s’élève à plus de 700 000 postes de travail.

A l’échelle mondiale, la Suisse est du menu fretin: un petit pays enclavé d’environ 8,5 millions d’habitants, représentant moins d’un pour-cent du produit intérieur brut mondial. Elle n’existe dans l’imaginaire populaire que comme un territoire de chocolat, de montagnes et de pendules à coucou. Mais les culottes de cuir, le yodel ou le secret bancaire n’y figurent plus guère: la perception est en retard sur la réalité.

Et la réalité est qu’en termes d’emplois américains, la Suisse est un véritable poids lourd. Mieux, ces emplois sont bien payés: les Américains travaillant pour des entreprises helvétiques gagnent en moyenne plus de 100 000 dollars par an, ce qui est plus élevé que les revenus des emplois de n’importe quel autre pays important.*

Septième investisseur étranger

La Suisse est le septième investisseur étranger aux États-Unis et les investissements helvétiques connaissent le deuxième plus fort taux d’augmentation que tout autre pays.* Et cela fonctionne dans les deux sens, puisque environ un cinquième des investissements mondiaux en Suisse proviennent des États-Unis.

Cela contribue à expliquer pourquoi, depuis 2008, la Suisse est le pays majeur qui a créé le plus d’emplois au profit de l’économie américaine. Au point que les entreprises suisses ont aujourd’hui contribué à la création de plus de 460 000 emplois répartis dans tous les Etats.*

Les entreprises helvétiques comptent parmi les trois principaux employeurs étrangers dans plus d’une demi-douzaine d’Etats, du New Jersey à la Californie en passant par l’Arkansas, avec le Nouveau-Mexique, le Dakota du Nord et la Louisiane qui affichent la croissance la plus rapide.

Leader dans la R&D

Les entreprises suisses sont notamment très bien implantées dans les secteurs de la fabrication de produits chimiques, alimentaires et électroniques ainsi que dans le domaine des services tels que la banque et les assurances. Des sociétés de classe mondiale, à l’exemple de Nestlé, de Novartis, d’ABB, de Credit Suisse ou d’UBS, ont d’importantes activités opérationnelles aux Etats-Unis.

Le plus célèbre double national américano-suisse est Albert Einstein. Dans cette perspective, il n’est peut-être pas si surprenant que la Suisse soit le plus grand investisseur étranger dans la recherche et le développement (R&D) aux États-Unis. Elle se place en effet en cinquième position au plan des investissements venus de l’étranger.*

La recherche et le développement sont essentiels pour les emplois de demain. Des études récentes ont estimé que, pour chaque pour-cent supplémentaire investi dans la R&D, les Etats-Unis profiteraient d’une progression de 0,38% en termes d’emplois.** Et les entreprises suisses sont l’investisseur numéro un dans les industries à forte croissance et à forte valeur ajoutée, telles que les produits pharmaceutiques et les médicaments.

Valeurs partagées

Bien sûr, alors que la Suisse compte pour les États-Unis, les États-Unis sont, en parallèle, absolument vitaux pour la Suisse. Les entreprises américaines exportent en Suisse des produits et des services d’une valeur annuelle de plus de 50 milliards de dollars. Et les exportations augmentent, dans les deux sens.

Nous apprécions notre relation économique. Nous apprécions également nos liens historiques et culturels, qui s’appuient sur des valeurs partagées. De plus, nos deux gouvernements ont accepté de coopérer davantage dans les domaines de l’enseignement et de la formation professionnels. Nous pouvons là faire valoir la longue tradition helvétique de l’apprentissage.

L’extension du partenariat entre la Suisse et les États-Unis aidera à développer les liens économiques dans l’intérêt mutuel des deux pays. Avec plus de 500 entreprises helvétiques qui offrent déjà des emplois à des Américains, on peut s’attendre à d’autres investissements. Ce qui est bon pour la Suisse est également bon pour l’Amérique.


* Données tirées du rapport, «Switzerland’s Economic Footprint in the United States (2017)», qui se fondent sur des données du Bureau d’analyses économiques du Département américain du commerce.

** Huo, J. (2015) How Nations Innovate: The Political Economy of Technological Innovation in Affluent Capitalist Economies, Oxford University Press, Oxford (GB).

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