Incidences

La Suisse doit-elle quitter l’Unesco?

La Suisse devrait œuvrer à réviser le fonctionnement du Conseil des droits de l’homme pour mettre fin à la stigmatisation d’Israël et ainsi maintenir les Etats-Unis dans cet organe, écrit notre chroniqueur François Nordmann

Lorsque les Etats-Unis et le Royaume-Uni se sont retirés de l’Unesco en 1984, c’était en réaction à la politisation de l’organisation. Sous l’impulsion du directeur général d’alors, l’ancien ministre de l’Education du Sénégal Amadou-Mahtar M’Bow, l’Union soviétique et les pays en développement s’étaient alliés pour promouvoir le Nouvel ordre mondial de l’information, contraire à la liberté de la presse ancrée dans l’Acte constitutif de l’organisation. Ils préconisaient le droit pour les Etats de diriger les flux d’information en donnant des directives aux médias. La presse américaine et anglaise surtout a pris au sérieux la réorientation anti-libérale de l’un des principaux organes de l’ONU.

Les pays occidentaux s’y sont opposés avec vigueur. Fallait-il poursuivre le combat au sein de l’organisation qui se politisait et dénaturait l’une de ses principales missions, ou la quitter carrément? Londres et Washington ont choisi d’en sortir.

En Suisse, le parlement, la presse et l’opinion publique étaient très sensibles à ce problème. Après le vote anti-ONU de 1986, on pouvait penser que si l’Unesco ne revenait pas à ses règles de base, un mouvement se déclencherait en faveur d’un retrait de l’Unesco.

Partis pris politiques

Tout rentra dans l’ordre en 1987: les Etats membres, travaillés par les Occidentaux, ont choisi un nouveau directeur général, Federico Mayor, intellectuel espagnol, ancien sous-directeur général et qui offrait la garantie d’un retour aux sources. Entre-temps, l’URSS en proie à la perestroïka s’était détachée de sa coalition avec le tiers-monde et rapprochée de l’Occident. Les Britanniques mirent dix ans et les Américains quinze ans avant de réintégrer l’Unesco.

Les circonstances sont aujourd’hui différentes: les Etats-Unis s’en vont pour des raisons de politique budgétaire. Ils veulent arrêter les compteurs, leurs arriérés se montent déjà à plus d’un demi-milliard de dollars à ce jour et s’accumulent. Des motifs politiques sont également invoqués: on connaît l’amour du président Trump pour le secteur multilatéral. Et Washington dénonce les tendances anti-israéliennes de l’organisation. Celle-ci s’en défend, mais peut difficilement nier que, selon l’ONG UN Watch reprise par la SonntagsZeitung, 46 résolutions, passées entre 1999 et 2004, ont eu pour objet une condamnation d’Israël à un titre ou à un autre. Durant le même laps de temps, l’Unesco a critiqué une seule fois la Syrie pour la guerre civile qu’elle mène contre sa population. Le langage adopté par la commission du patrimoine culturel de l’humanité reflète des partis pris politiques, cherchant à récrire l’histoire du Moyen-Orient.

La réaction américaine est néfaste à l’organisation et tout aussi disproportionnée que les excès qu’elle met en lumière. Il ne saurait être question pour la Suisse de remettre en cause sa participation à l’Unesco. Mais l’organisation, sous la houlette de la nouvelle directrice générale élue sur ces entrefaites, Audrey Azoulay, doit remédier à ces défauts avec l’appui des Etats membres, comme ce fut le cas voici trente ans.

Abroger l’article 7

La même question, également soulevée par les Etats-Unis, se pose à propos du Conseil des droits de l’homme, dont Israël est tout aussi souvent la cible. La Suisse se préoccupe d’éviter que les Etats-Unis n’y suivent le même chemin vers la sortie qu’à l’Unesco. A ce propos, le groupe libéral-radical au Conseil national vient de déposer une motion qui permettrait d’installer un contre-feu.

Le Conseil fédéral est requis de prendre une initiative pour faire abroger l’article 7 de l’ordre du jour permanent du Conseil des droits de l’homme selon lequel le Conseil est tenu de soumettre Israël à un examen particulier et récurrent de la situation des droits de l’homme. Aux termes de l’article 4, Israël serait ainsi l’objet d’un examen périodique moins contraignant, à l’instar des autres Etats. Ces efforts s’ils aboutissent suffiront-ils à empêcher le départ des Etats-Unis? La Suisse, à la fois Etat hôte et Etat médiateur a tout à gagner à tenter de la sorte de les retenir.

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