Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Lors de la visite de Jean-Claude Juncker, à Berne, 23 novembre 2017.
© PETER KLAUNZER

Ma semaine suisse

La Suisse face à l'UE: au voleur, à l’assassin!

Les réactions de Berne et des partis politiques après les annonces de deux prises de position de Bruxelles révèlent une fois de plus le manque d’anticipation des Suisses pour gérer leur relation avec l’Europe, écrit notre chroniqueur Yves Petignat.

Que les Suisses seraient malheureux s’ils n’avaient constamment quelqu’un de qui se plaindre. Par chance, nous avons l’Union européenne. C’est ainsi que médias et politiques ne trouvent plus assez d’air pour dénoncer «le chantage» ou la «prise en otage» dont la Suisse serait victime de la part de Bruxelles. Inscription sur une «liste grise» des pays peu coopératifs en matière fiscale, limitation à un an de l’équivalence accordée aux bourses suisses, on se croirait chez Molière: «Au voleur, à l’assassin, au meurtrier. Je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent.»

Même Ignazio Cassis doit se dire «irrité»

Même le nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, découvre que la diplomatie est une stratégie basée sur un rapport de force. Et croit devoir exprimer son «irritation». On lui souhaite un peu plus de nerfs d’acier ou de flegme à la Burkhalter. Christoph Blocher, après de Gaulle, l’a pourtant assez souvent répété: les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.

Ainsi finit l’année 2017, comme elle avait commencé, en vitupérant l’UE. On se souvient que la présidente de la direction d’economiesuisse, Monika Rühl, énumérait avant le printemps, devant les caméras de la TV alémanique, les conditions jugées inacceptables pour un accord général.

La chronique à ce moment-là: L’UE diabolisée

Une droite sans plan

En réalité, ces accès de bile n’expriment que l’incapacité à saisir la réalité. Le résultat d’une absence de stratégie et de leadership du Conseil fédéral. Inadapté à la gestion des crises (UBS, Libye), le gouvernement se plaît à en aviver de nouvelles. S’y ajoute une désorientation complète des dirigeants des grands partis politiques et du monde économique sur le dossier européen. La présidente du PLR, Petra Gössi, souhaite ainsi renégocier les accords bilatéraux et supprimer la fameuse clause guillotine. Ignazio Cassis, pour flatter l’UDC, agitait le bouton «reset» durant sa campagne. Les dirigeants PLR et PDC ont soutenu la diplomatie européenne de Doris Leuthard comme la corde le pendu. Economiesuisse et l’Union patronale, qui ont pourtant besoin d’un cadre juridique stable, combattent ouvertement une solution pour régler les différends. Tout cela révèle une droite et des milieux économiques brouillons et velléitaires. Sans plan et à la merci des rebondissements.

La réaction épidermique des Suisses met au grand jour leur désarroi et leur impréparation

Ironie de l’histoire, Ignazio Cassis ne devrait guère compter que sur la gauche socialiste et verte pour trouver une issue avec l’UE. On se doute bien que la menace brandie par le Conseil fédéral de suspendre le versement de 1,3 milliard au Fonds de cohésion européen a dû, comme aurait dit Jacques Chirac, «en toucher une sans bouger l’autre» chez Jean-Claude Juncker. Avec 64 milliards d’euros dans ce fonds, le milliard suisse passe pour un pourboire. Mais la réaction épidermique des Suisses, au contraire, met au grand jour leur désarroi et leur impréparation.

Barguignage autour du milliard

L’échec de la réforme de l’imposition des entreprises, le démontage de la protection des investisseurs dans la loi sur les services financiers, le barguignage autour du milliard ont confirmé auprès des Européens que la Suisse ne se plie aux normes internationales que sous la nécessité. Puisqu’elle expose ses faiblesses, Bruxelles, qui veut absolument un accord institutionnel en 2018, en joue. Comment à Berne peut-on se montrer surpris?

Dans son Eté avec Machiavel, décidément très lu par les chroniqueurs du Temps (cf. Olivier Meuwly le 19.12.2017), Patrick Boucheron nous livre un conseil: «Décider, c’est trancher. Mais pour trancher, il faut savoir dire l’alternative.» Or Berne n’en a pas.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)