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Aux portes de la Suisse, des migrants bloqués à la gare de Côme. Août 2016.
© Keystone / FRANCESCA AGOSTA

Opinion

La Suisse face à la migration et autres défis planétaires

OPINION. Face aux grands défis de notre temps, à commencer par la migration, la Suisse manque singulièrement de courage, estime le professeur Yves Sandoz

Renonceriez-vous à sauver un enfant de la noyade sous prétexte de ne pas déresponsabiliser ses parents? C’est pourtant l’attitude que préconise l’opinion dominante en Europe pour les migrants, alors que se noient des milliers de personnes, des femmes enceintes, des enfants. Loin de réagir, on condamne ceux qui s’efforcent de les sauver sous prétexte qu’ils font le jeu de passeurs véreux. Qu’on en soit arrivé là démontre le désarroi provoqué par la migration, qui nous fait perdre le sens de valeurs fondamentales. Cela dit, sans pour autant se voiler la face sur les problèmes très ardus posés par la migration.

En premier lieu, la turpitude des passeurs et de tous ceux qui violent, pillent ou exploitent les migrants tout au long de leur parcours: on aimerait là aussi voir émerger une plus ferme volonté de traquer ces groupes mafieux et que cesse l’impunité dont ils jouissent.

Causes profondes de la migration

La répartition équitable, ensuite, des demandeurs d’asile dans des centres d’accueil puis des réfugiés reconnus dans différents pays, avec la difficile question de leur intégration.

De récentes décisions font hélas plutôt nager notre pays dans les eaux glauques d’un gagne-petit que dans les eaux claires d’un leader moral

Les causes profondes de la migration, enfin, sans se borner à la notion étroite de réfugié. C’est à l’évidence là un défi planétaire que doit affronter la communauté internationale. Le rapport du PNUD sur «les chemins de l’extrémisme en Afrique» met notamment le doigt sur un cercle vicieux: le terrorisme puise ses racines dans le sous-développement et la perte de confiance en des gouvernements impuissants ou corrompus, mais il est aussi un obstacle aux efforts de développement. Or on sait le lien qui existe entre sous-développement et croissance démographique dans des Etats qui stagnent dans la pauvreté et celle-ci ne peut qu’alimenter le flux migratoire. Un récent livre de Stephen Smith, La ruée vers l’Europe, pourrait passer un mauvais message car il relève que si l’on se contente d’aides cosmétiques, on ne fera qu’accroître la migration, un léger mieux donnant à un plus grand nombre les moyens financiers d’émigrer sans pour autant modifier la situation au point de leur ôter la tentation de le faire.

On ne saurait toutefois en tirer la conclusion qu’il faut renoncer à toute aide. Un autre rapport du PNUD sur le développement humain souligne bien au contraire qu’il est vital de s’engager avec beaucoup plus d’énergie dans des réformes institutionnelles mondiales qui doivent «englober les domaines plus généraux de la réglementation des marchés internationaux, de la gouvernance des institutions multilatérales et du renforcement de la société civile mondiale».

Que peut faire la Suisse?

Quel rôle peut donc jouer notre petit pays face à tous ces défis, sinon un leadership moral par des initiatives internationales, une grande disponibilité à offrir ses bons offices et un comportement exemplaire? Or force est de constater que la Suisse n’a pas donné de signaux bien encourageants à cet égard ces derniers temps. On aurait souhaité d’elle:

– qu’elle s’engage fermement pour le sauvetage des migrants et pour une répartition équitable des demandeurs d’asile (les plus anti-européens s’accommodent fort bien du renvoi dans le pays de premier accueil préconisé par l’Union européenne!);

– qu’elle vole au secours de l’UNRWA à qui les Etats-Unis ont coupé les fonds, alors que tout indique que de péjorer le droit à l’éducation et à la santé de jeunes Palestiniens, dont l’espoir d’une patrie s’estompe chaque jour davantage face à l’annexion larvée de la Cisjordanie par Israël, nourrira le terreau du terrorisme;

– qu’elle exige des entreprises multinationales établies en Suisse de ne pas user de la corruption et de respecter strictement des normes sociales et environnementales où qu’elles opèrent et, pour le moins, élabore un contre-projet à l’initiative populaire «Entreprises responsables – pour protéger l’être humain et l’environnement», en prélude à un engagement en faveur de règles internationales plus strictes à ce sujet;

– qu’elle rejette sans ambiguïté l’ouverture du marché de l’armement aux pays dans lesquels sévit un conflit armé non international, en n’oubliant pas, d’une part, qu’il peut y avoir des rébellions légitimes dans des pays dictatoriaux, d’autre part, qu’elle se ferme ainsi toute possibilité de jouer un rôle de bons offices;

– qu’elle ratifie sans tergiverser le traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

Attitude de gagne-petit

De récentes décisions du parlement ou du gouvernement sur ces questions font hélas plutôt nager notre pays dans les eaux glauques d’un gagne-petit que dans les eaux claires d’un leader moral. Je crache dans la soupe me dira-t-on en avançant les impératifs de l’économie. Il est pourtant aisé de comprendre, si son horizon dépasse la prochaine échéance électorale, que les politiques du chacun pour soi mènent à des catastrophes. Or seule une attitude exemplaire permettrait de placer notre pays dans le rôle de leader que l’on espère lui voir jouer dans l’indispensable mobilisation de toute la communauté internationale pour affronter les grands défis planétaires. Puissent la reprise des débats parlementaires et un rejet massif de l’aberrante initiative dite des «juges étrangers» nous remettre sur de bons rails.

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