La nouvelle stratégie de politique étrangère du Conseil fédéral dresse un tableau mesuré de la situation mondiale. Les bouleversements dus à la fin de la guerre froide affectent aujourd’hui encore la politique suisse. Les cartes sont redistribuées sur fond de mondialisation. Le monde étant devenu multipolaire, il s’ensuit une perte d’influence de l’Occident en général et des Etats-Unis en particulier.

Les pays du Sud et de l’Est sont plus offensifs et leur poids augmente au plan régional et même dans la vie politique mondiale. Cette tendance n’est pas linéaire (voir la crise économique qui affecte aujourd’hui les BRICS); le modèle social proposé par les pays émergents n’exerce qu’une attraction limitée sur les autres pays. Mais c’est un facteur d’instabilité et de violence: la guerre a refait son apparition en Europe et le terrorisme est à ses portes. Les acteurs non étatiques – société civile, grandes multinationales, groupes criminels et terroristes – disputent aux Etats le monopole de la force et de la décision.

Fragmentation croissante du système international

La Suisse est exposée au même titre que la plupart des Etats à la fragmentation croissante du système international et aux défis globaux que représentent les migrations, les changements climatiques, les cyberattaques, les pandémies.

La volatilité, l’absence de leadership mondial, les perspectives incertaines de l’économie mondiale font craindre une remise en cause des normes et des valeurs sur lesquelles repose la société internationale depuis 70 ans. «La démocratie, les droits de l’homme et la liberté vacillent en maints endroits. Le droit international et la coopération internationale sont de plus en plus ébranlés.»

Mais la Suisse en est relativement préservée: l’UE, acteur principal en Europe garantira en dépit des crises qu’elle traverse une certaine stabilité à notre environnement immédiat. Et la coopération internationale n’est pas morte: elle a enregistré des succès notables avec l’accord sur le nucléaire iranien, l’accord de Paris sur le climat, l’Agenda 2030… Avec de la volonté politique, on peut encore dégager des solutions communes.

Contestation fondamentale de l’ordre démocratique et libéral

On peut se demander si cette analyse ne pèche pas par optimisme, car elle sous-estime une force à l’œuvre dans le monde aujourd’hui, à savoir la contestation fondamentale de l’ordre démocratique et libéral qui a prévalu depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

Les secousses tectoniques que subit la géopolitique mondiale ne sont pas des phénomènes déterministes quasi géologiques. Les mutations en cours sont le reflet de l’abandon conscient des «méthodes et pratiques de l’organisation libérale de la société» que prônait en juillet 2014 Victor Orban, Premier ministre de Hongrie.

L’exaltation des comportements hostiles à la liberté, la concentration des pouvoirs et les limites apportées aux libertés fondamentales, aux droits de l’homme et aux garanties judiciaires ne sont pas sans conséquence sur le plan international.

Un défi à relever pour la Suisse

Aujourd’hui, la Russie et la Chine s’en prennent ouvertement à la vision du monde des pays démocratiques. Ces puissances combattent l’autodétermination, la légitime défense, la promotion des droits de l’homme, la responsabilité de protéger.

Au contraire, la souveraineté absolue, la non-ingérence dans les affaires internes des Etats, la mise au pas de la société civile passent pour les vertus suprêmes. Un groupe de puissances régionales – Inde, Brésil, Afrique du Sud, Turquie, Egypte et leurs affidés – voit cette contestation avec bienveillance. Il me semble qu’il y a là un défi à relever, des positions à prendre pour une diplomatie qui se réclame des principes sous attaque.

La réalité des relations internationales actuelles ne débouche pas forcément sur une confrontation mais elle appelle à un engagement plus marqué en faveur de nos valeurs, avant de préconiser une coopération tous azimuts.

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