La Suisse est-elle laxiste avec les violeurs? La polémique s’est déclenchée après la diffusion dans les médias de statistiques sur la proportion des peines avec sursis infligées aux violeurs. Pour les uns, ces chiffres étaient la preuve que la justice se montre trop clémente. D’autres, telle notre journaliste Fati Mansour, ont montré que ces données étaient sorties de leur contexte et interprétées de manière biaisée.

Professeur de droit pénal et de criminologie à l’Université de Neuchâtel, André Kuhn abonde en ce sens. Dans une tribune écrite pour Le Temps, il rappelle qu’en présence de circonstances aggravantes, la peine d’un violeur peut aller jusqu’à vingt ans de prison.

«Avec un regard quelque peu objectif, qui n’est ni celui d’un politicien à la recherche de suffrages, ni celui d’une personne complaisante envers la justice pénale – sur laquelle j’ai d’ailleurs plutôt pour habitude de porter un regard critique –, ni encore celui d’une personne insensible au sort des victimes – chaque victime étant évidemment toujours une victime de trop –, j’ai de la peine à voir où se cache le laxisme», conclut-il.

Lire son texte ici: «Non, la Suisse n’est pas laxiste avec les violeurs»

Autre avis du professeur Philip Jaffé, directeur du Centre interfacultaire en droits de l’enfant de l’Université de Genève (Valais Campus). A ses yeux, un durcissement des peines doit malgré tout être envisagé. Au-delà des querelles statistiques, il note que près d’un millier de plaintes ont été enregistrées pour viol auprès de la police en 2015 et qu’il ne s’agit que de la partie visible de l’iceberg, les victimes étant nombreuses à ne pas se manifester.

«Face à ces chiffres honteux, souligne-t-il dans un texte également écrit pour Le Temps, dans la foulée de certaines affaires judiciaires spectaculaires de mansuétude, il paraît naturel que beaucoup de femmes et d’hommes demandent un durcissement des peines prononcées. Après tout, nombre de pays européens, telles l’Espagne ou la Belgique, ont fixé des peines planchers bien plus élevées, 5 ans versus 1 an pour la Suisse, et réduit l’option du sursis.»

Lire son texte ici: «Pour des peines plus sévères contre les violeurs»


A lire aussi la tribune de Rebecca Ruiz: «Viol: l’heure est venue de réviser nos lois».

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