Revue de presse

Et si la Suisse jouait les «bons offices» pour une Catalogne indépendante?

Cinq conseillers nationaux emmenés par le socialiste valaisan Mathias Reynard se profilent juste avant les élections de dimanche en Catalogne, en déposant une interpellation auprès du Conseil fédéral: Objectif: lui demander s’il est prêt à proposer ses services dans la future médiation qui aurait lieu entre Barcelone et Madrid au cas où les indépendantistes remportaient le scrutin

Une initiative frappe les esprits dans le concert des menaces et avertissements voilés ou directs – y compris du chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, cité par l’agence Belga – sur ce qui attend la Catalogne en cas de sécession. A quatre jours du scrutin destiné à renouveler le parlement régional – où les séparatistes sont donnés gagnants – les noms d’oiseaux s’échangent dans la plus franche «cordialité»! Cette initiative, donc, qui date de mardi, c’est celle sur laquelle le site catalophone VilaWeb a attiré notre attention. Titre de son article: «Els partits suïssos demanen al seu govern que faci de mitjancer entre Espanya i Catalunya.»

Soit: «Les partis suisses demandent à leur gouvernement d’organiser la médiation entre l’Espagne et la Catalogne.» Ah bon? Nouveau, ça… L’article en question renvoie en fait aux sites «L’1Dex valaisan, pour un Valais critique et libertaire», et Mediapart, qui précisent l’information traduite par le portail d’info catalan, sur laquelle a aussi rebondi

Rhône FM mercredi. De quoi s’agit-il? D’une interpellation déposée devant le Conseil fédéral par les conseillers nationaux Mathias Reynard (PS/VS), Oskar Freysinger (UDC/VS), Yannick Buttet (PDC/VS), Beat Flach (Vert’libéraux/GL) et Balthasar Glättli (Verts/ZH).

Une occasion en or

Drôle d’attelage qui a «pour objectif premier de permettre à la démocratie de s’exprimer librement et sans contrainte. C’est pourquoi elle émane des représentants de tous les partis, à l’exception du PLR», disent les députés. De fait, il s’est mis en route après que Marti Anglada, le délégué du gouvernement de la Catalogne en France et Suisse qu’a également interviewé L’1Dex, eut fait écho des derniers sondages parus dans La Vanguardia, «qui annoncent la victoire des indépendantistes, non seulement en sièges, mais en voix (51%)».

Selon le quotidien catalan, qui parle aussi de cette «petición de mediación de diputados suizos», «Barcelone et Madrid devront vraisemblablement s’asseoir autour d’une table afin de négocier durant une période transitoire de dix-huit mois qui précéderait la déclaration d’indépendance». Autrement dit, on le voit venir: une occasion en or pour notre tradition helvétique des «bons offices», maintenant qu’il faut lui donner quelque nouveau et prestigieux grain à moudre après le rétablissement des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba.

En réponse à Vargas Llosa & Cie

Dès lors, les cinq conseillers nationaux posent la question suivante au Conseil fédéral, qui est prié de répondre: «Vu la neutralité et la tradition démocratique de la Suisse, le Conseil fédéral est-il prêt à proposer les «bons offices» de notre pays afin d’assurer une médiation entre Madrid et Barcelone?» Un expert en sciences politiques de Barcelone a aussitôt twitté la proposition, ainsi que plusieurs intellectuels catalans en exil, répondant ainsi d’avance à la vingtaine de penseurs emmenés par le Nobel de littérature Manuel Vargas Llosa qui a lancé un appel mardi aux Catalans pour qu’ils ne cèdent pas aux sirènes indépendantistes:

Quant au contenu de l’interpellation, on peut le résumer ainsi: «La Catalogne jouit d’une identité forte et particulière, s’inscrivant dans sa langue et sa culture mais aussi dans ses institutions centenaires. Le débat sur l’indépendance de cette région existe depuis longtemps mais a connu de nombreux rebondissements ces dernières années. […] Malgré le blocage de Madrid, la Catalogne aspire aujourd’hui à choisir démocratiquement son futur politique. […] Si les listes indépendantistes atteignent la majorité des sièges [le 27 septembre], la Catalogne fera une déclaration unilatérale d’indépendance.»

Or, et c’est là que la prise de position politique est la plus marquée: «La position espagnole semble contraire à la pratique internationale propre aux pays démocratiques», écrivent les cinq conseillers nationaux. Le journal indépendantiste catalophone El Punt Avui n’a donc pas manqué de reprendre ces arguments point par point, en soulignant leur pertinence et leur origine: celle d’un pays internationalement réputé pour son exemplarité démocratique. En tête de son site internet, de sa page Facebook et sur son compte Twitter:

Un de ses internautes boit d’ailleurs du petit-lait à ce sujet, en répondant que «malgré les efforts diplomatiques faits par le gouvernement espagnol pour désamorcer le processus catalan au niveau international, l’effet boomerang créé dans le monde occidental s’impose. Il est plus que favorable aux intérêts des Catalans». Alors que Madrid se comporte «comme un pied avec ses menaces», nous les Catalans, faisons les choses «avec le sourire».

Reste à savoir, maintenant, ce que répondra le Conseil fédéral.

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