Etrange. Les trois poids lourds suisses de l’électricité ne subissent pas la volatilité du marché de la même façon. Mardi, le Bernois BKW a publié un résultat supérieur aux attentes au premier semestre tandis qu’Axpo a annoncé avoir demandé une aide fédérale de 4 milliards de francs. Avec Alpiq, le groupe alémanique salue les aides financières de la Confédération; BKW, le troisième géant du marché, les considère d’un œil critique. Il peut faire la fine bouche: cette dernière décennie, malgré les prix bas du courant, BKW a engrangé un bénéfice moyen de 250 millions de francs par an pendant qu’Axpo et Alpiq traversaient le désert.

Comment expliquer ces différences entre acteurs qui appartiennent tous à des pouvoirs publics? La réponse tient en trois mots: «gestionnaire de réseau». BKW en est un, Alpiq et Axpo non.

Ces derniers se contentent de vendre de l’énergie, tandis qu’un gestionnaire vend de l’énergie mais aussi son transport (chacun bien sûr peut aussi en acheter). Il a deux possibilités de se faire une marge. Sur les transports en 2023, le taux d’intérêt a été fixé à pas moins de 3,83% par la Confédération.

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Les gestionnaires de réseau – on en compte 630 en Suisse – bénéficient d’une concession d’une commune ou d’un canton. Certains sont minuscules, d’autres plus grands, tels que Groupe E ou les SIG, ou énormes comme BKW. Ils se sont réparti le marché dans un passé lointain, il n’y a plus de place pour d’autres acteurs et il ne devrait pas y en avoir de sitôt. Car faire partie de cette grande famille, c’est confortable et personne ne veut la quitter.

Contrairement à Alpiq et à Axpo, BKW dispose ainsi de clients captifs qu’il doit fournir. Ce qui lui donne la possibilité de se faire de meilleures marges, même si cela s’accompagne de certains devoirs – tous les clients d’un territoire donné doivent être raccordés au réseau – et que les prix sont contrôlés par l’Elcom.

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Les pouvoirs publics, propriétaires des gestionnaires de réseau, se servent volontiers dans leurs bénéfices pour financer leur collectivité, ce qui les incite à accroître les prix du courant (qui reste en général bas) et exacerbe l’avantage d’un BKW.

Pour les vendeurs d’énergie à l’international, les règles du jeu (de la loi suisse sur l’approvisionnement en électricité) sont donc biaisées car le trésor amassé par BKW ces dernières années lui donne un coussin bien utile dans la tempête actuelle. Le groupe bernois est aussi très actif en dehors de la Suisse, même s’il dit avoir réduit ses positions à l’étranger à cause des risques induits par la flambée des prix. Comme au poker, BKW peut suivre si la mise explose, comme actuellement, là où ses concurrents tirent la langue.

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