Opinion

En Suisse, l’indispensable transition énergétique

La stratégie énergétique de la Confédération soumise au vote prochainement est simple, logique et cohérente, explique l’expert en développement durable René Longet

On peut dire avec Donald Trump que le changement climatique est une invention chinoise pour contrecarrer le charbon américain. On peut se réjouir avec Poutine que la fonte de la banquise permettra de s’emparer des espaces encore inviolés de l’Arctique. Ou espérer que la «science», les autres, finiront par trouver des solutions. Si tel est votre avis, chère lectrice, cher lecteur, je vais avoir fort à faire pour vous convaincre.

Mais la seule sémantique devrait déjà suffire à emporter notre décision: fonder, comme nous le faisons, 80% de notre approvisionnement en énergie sur les ressources NON-renouvelables que sont le pétrole, l’uranium et le gaz est totalement contraire à tout esprit de prévision. Nous sommes un des pays les plus surassurés – et quant à la chose la plus essentielle à notre qualité de vie, à notre fonctionnement économique et social, nous ne ferions rien? Il s’ajoute que ces sources d’énergie sont à 100% importées, et ainsi ce sont plus de 10 milliards de nos francs qui sortent chaque année du pays.

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Enfin, les énergies fossiles et fissiles sont aussi les plus polluantes. Les centrales nucléaires génèrent en continu des déchets radioactifs qui s’accumulent inexorablement. Le pétrole pollue les mers et l’air, et déséquilibre, avec les autres sources de gaz à effet de serre, le climat planétaire. Toutes deux sont loin (malgré les réévaluations des fonds de démantèlement et de gestion des déchets nucléaires) de couvrir leurs coûts, ce qui fausse le marché de l’énergie à large échelle.

Changer la donne, une nécessité

Nous devons à l’évidence passer aux ressources renouvelables et mieux utiliser l’énergie. Le modèle de la société à 2000 Watts développé par l’EPFZ nous indique la cible: diviser par 3 la consommation d’ici 2050 et couvrir les 3/4 de celle subsistante par les énergies renouvelables. C’est tout à fait faisable, car nous savons bâtir des maisons positives – qui produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment, organiser la mobilité autrement, fabriquer des appareils, des moteurs, des installations bien plus économes, les utiliser avec parcimonie, les rendre réparables.

Les efforts entrepris ont déjà donné un premier résultat d’importance: depuis une vingtaine d’années, la consommation d’énergie et nos émissions de CO2 ont pu être stabilisées, malgré une forte croissance du PIB et de la population. Prenant appui sur cet acquis, il s’agit maintenant d’enclencher la vitesse supérieure. De nombreux emplois locaux, diversifiés et pérennes résultent de cette nouvelle donne énergétique. La transition énergétique, c’est aussi cela: passer d’un approvisionnement centralisé et vulnérable à une responsabilité et à des réalisations locales, apportant un soutien hautement bienvenu à l’économie et au savoir-faire de proximité.

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Une stratégie simple, logique, cohérente

Adoptée à une large majorité du Parlement fin septembre 2016, la stratégie énergétique de la Confédération prévoit:

• D’ici 2035, un palier d’économies d’énergie de 43% et d’électricité de 13%

• L’amélioration du rendement des moteurs, équipements et bâtiments

• D’ici 2035 également, une légère augmentation de l’électricité hydraulique, et d’un facteur 3 des nouvelles énergies renouvelables, atteignant un tiers de l’hydraulique

• La fermeture progressive des centrales nucléaires

Comme toute régulation qui se veut efficace, elle associe à la fixation d’objectifs des moyens à la fois incitatifs (des subventions, principalement) et réglementaires (des normes de performance). Le supplément sur le coût du transport de l’électricité passera, pour quelques années, de 1,5 ct/kwh à 2,3 ct, permettant d’allouer annuellement environ un demi-milliard aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables.

Il est impressionnant de voir à quel point certains résistent à cet argumentaire. Quels autres objectifs peut-on raisonnablement proposer, à part aller plus vite et plus loin? Vu, encore une fois, que ni le fossile ni le fissile ne couvrent leurs coûts et que cela fausse au quotidien les prix, les choses ne vont pas aller d’elles-mêmes dans la bonne direction. La transition doit donc être organisée et facilitée. Se libérer du fossile et du fissile a un prix. Mais continuer à dépendre d’énergies polluantes et non renouvelables nous coûtera infiniment plus cher. La stratégie proposée par les autorités fédérales est une chance pour notre pays; saisissons-la sans hésitation.

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