Ma semaine suisse

La Suisse en marche arrière

La campagne électorale qui nous a passionnés durant tout l’été nous enseigne qu’il n’existe pas de volonté politique assez forte pour sortir la Suisse de l’impasse, écrit notre chroniqueur Yves Petignat. Du moins dans un proche avenir

Que d’énergie dépensée pour que tout redevienne immobile! Le retour de l’italianità au Conseil fédéral avec Ignazio Cassis évite, certes, au pays d’aggraver encore les frustrations d’une Suisse italienne qui se sent incomprise par Berne. Comme nous en faisons l’expérience depuis 1959, c’est d’abord le besoin de stabilité dans la gouvernance du pays qui dicte le choix des candidats. Et, selon la célèbre loi de Dilbert, «de la stabilité à l’immobilité, il n’y a qu’un pas». Précisément, ce que nous enseigne la campagne électorale qui nous a passionnés durant tout l’été c’est qu’il n’existe pas de volonté politique assez forte pour sortir la Suisse de l’impasse. Du moins dans un avenir proche.

Qu’a fait la Lega?

D’abord pour apporter des réponses au malaise du Tessin. Un nouveau conseiller fédéral? «Cela ne changerait rien, sauf les sensations», admettait il y a deux ans l’ancien président du PLR Fulvio Pelli. Même si le Conseil fédéral a tardé à prendre conscience de la colère montante des Tessinois face à la dégradation du marché du travail provoquée par l’afflux de frontaliers, la vérité est que les autorités de Bellinzone en portent une bonne part de responsabilité. Il a fallu une initiative des Verts pour que le peuple tessinois impose, en 2015, l’instauration d’un salaire minimum contre les partis de droite. Pourtant cette décision n’est pas encore appliquée en raison de recours au Tribunal fédéral. Le Secrétariat d’Etat à l’économie reprochait encore récemment l’absence de contrôles assez nombreux dans les entreprises tessinoises.

Aucun parti politique ne veut avoir à se prononcer sur un accord avec l’UE avant les élections de 2019

Or cela fait vingt-deux ans que la Lega, née de l’écœurement face au clientélisme des partis traditionnels, partage le pouvoir. Qu’a-t-elle entrepris, hormis les provocations d’un Norman Gobbi face à l’Italie ou le lancement d’une initiative populiste «Prima i nostri»? Initiative signée par un ancien dirigeant de l’UDC, le millionnaire Gabriele Pinoja, longtemps opposé aux contrats collectifs dans la construction. La Lega se nourrit des frustrations quotidiennes des Tessinois et du clientélisme auprès des petits patrons. Ceux qui pratiquent le dumping salarial. Elle n’a dès lors aucun intérêt à accélérer la recherche d’un apaisement, à modifier ses règles d’aménagement du territoire, à faire pression sur les employeurs.

«Reset» européen?

En politique européenne, durant la campagne on a vu des candidats et la direction du PLR, fortement incités par la NZZ, prendre leurs distances, quand ce n’était pas discréditer la politique menée par Didier Burkhalter. On n’est jamais trahi que par les siens. Ignazio Cassis a-t-il promis de presser sur le bouton «reset» de la politique européenne, comme le prétendent les dirigeants de l’UDC? Le nouvel élu reste dans le flou car il sait que l’on n’en sort qu’à son détriment. Mais ce qui est certain, malgré les avancées obtenues par les diplomates, c’est qu’aucun parti politique ne veut avoir à se prononcer sur un accord avec l’UE avant les élections de 2019.

Enfin, et quel que soit le résultat de la Prévoyance 2020 ce dimanche, avec une opinion aussi profondément divisée sur l’avenir des assurances sociales, prise en otage des idéologies et des intérêts particuliers, AVS et caisses maladies coûteront toujours plus cher sans davantage de sécurité.

Pourtant, assurait cette semaine un député, la Suisse serait «sortie de l’impasse». En marche arrière assurément.

Nos articles sur l'élection d'Ignazio Cassis dans notre dossier: La succession de Didier Burjkhalter

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