Un petit pays qui joue dans la cour des grands sans réel poids, et, pire, qui vendrait son âme au diable en égratignant sérieusement sa neutralité? L’élection ce 9 juin de la Suisse au Conseil de sécurité de l’ONU n’a rien d’un exercice alibi. Et ceux qui s’imaginent qu’acquérir le statut de membre non permanent de l’organe pour la période 2023-2024 revient à se dévoyer se trompent lourdement.

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D’indispensables réformes

La Suisse a beaucoup à bénéficier de son adhésion au Conseil de sécurité. Beaucoup à lui apporter aussi. Son expérience en matière de promotion de la paix d’abord, via ses bons offices et son statut de puissance protectrice lorsque des Etats rompent leurs relations diplomatiques. Ensuite, elle joue depuis des années un rôle actif dans d’importantes réformes.

La Suisse préside par exemple le groupe suprarégional ACT (Accountability, Coherence and Transparency), qui vise à moderniser et rendre plus transparentes les méthodes de travail du Conseil de sécurité. Une réforme aussi cruciale qu’urgente, alors que l’invasion russe de l’Ukraine a démontré l’incapacité de l’ONU – et de la communauté internationale – à prévenir le conflit. Elle s’engage également en faveur d’une adoption du droit de veto, qui, trop souvent, sclérose l’institution. Et notamment pour l’adoption d’un «code de conduite» qui inciterait les grandes puissances à renoncer à brandir leur veto en cas d’atrocités de masse comme des génocides ou des crimes de guerre.

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Enfin, d’autres pays neutres ont siégé au Conseil de sécurité sans en pâtir. Ils sont au contraire parvenus à renforcer leur réputation en matière de promotion de la paix.

Depuis 2002, la Suisse a obtenu des mandats clés au sein de tous les organes importants de l’ONU, sauf le Conseil de sécurité. Un rapport publié en 2015 confirme que sa neutralité ne sera pas mise à mal en accédant à cet organe, qui de fait joue essentiellement un rôle d’arbitre dans les conflits. Dans le contexte géopolitique actuel, la Suisse se doit de promouvoir une neutralité active. Malgré des critiques, le Conseil fédéral s’est assez rapidement calqué sur les sanctions prises par l’UE contre la Russie. Et il est désormais même question que la Suisse représente les intérêts de Kiev en Russie.

Contribuer à renforcer le droit international public et le droit humanitaire est surtout dans l’intérêt de la Suisse, dont l’économie est tournée vers l’exportation. A New York, la Suisse bénéficie d’une bonne image au sein de l’ONU. Elle a tout intérêt à la renforcer, en œuvrant de façon plus marquée pour un monde plus stable. Et pour des réformes visant à rendre l’ONU plus efficace.

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