Editorial

Suisse morose, Europe dynamique

Le vent de fraîcheur qu’Emmanuel Macron fait souffler sur le continent contraste avec l’absence de volonté de réforme en Suisse. Il est temps de s’en inquiéter

Depuis deux semaines, c’est avec envie que les politiciens romands regardent du côté de la France. L’irruption d’un président jeune, réformiste, qui regarde l’avenir avec ambition, tranche cruellement avec le ronron politique helvétique. Projets qui s’enlisent, réticence au changement, frilosité: l’immobilisme a changé de camp.

Il y a peu, les Suisses pouvaient contraster l’agilité et l’optimisme de leur pays avec la rigidité archaïque qui plombait l’Hexagone. Mais l’élection d’Emmanuel Macron modifie la donne. Face à des Suisses repus, les Européens semblent de nouveau avoir faim de progrès, de conquêtes, de victoires. Il est temps d’en prendre conscience et de se réveiller.

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Côté suisse, le diagnostic est en effet assez clair. On tente de maintenir l’acquis, sans toujours y arriver. Sauver les bilatérales se révèle ardu. Faire passer une prudente réforme des retraites, tout autant. Préserver la compétitivité fiscale après la gifle contre la RIE III: ce n’est pas gagné non plus. Et réformer le système de santé dont les coûts écrasent la population? N’y pensez même pas.

Tout avance lentement, laborieusement, avec de forts risques d’échec en votation. Il n’y a plus d’agenda de réformes lisible pour la Suisse. Les grandes impulsions modernisatrices – décloisonnement du marché intérieur, libéralisation des télécoms, frein à l’endettement, libre commerce et libre circulation avec l’Europe, assurance-maladie obligatoire – datent d’il y a 10, 15 ans ou plus.

Certes, la Suisse sait se réformer de façon incrémentale, discrète. Pas besoin ici d’homme providentiel ou de desseins grandioses pour que les choses changent. Mais ce mécanisme aussi est bloqué. En raison notamment du mauvais climat politique qui règne depuis les élections fédérales de 2015. Elles ont créé une majorité de droite tendance «casques à boulons», qui peine à dessiner un projet attrayant pour la Suisse. Car ne sont pas, ou pas principalement, les «tacticiens socialistes» et autres décroissants qui bloquent le pays, comme l’affirmait récemment la NZZ. Le problème vient plutôt du choc stérile entre la droite conservatrice, qui veut montrer qu’elle «commande ici», et une gauche minoritaire, défensive et souvent frileuse.

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Ce dont la Suisse aurait besoin, c’est d’un nouveau consensus progressiste, associant gauche sociale-libérale, droite éclairée et écologistes – à l’image de ce qu’Emmanuel Macron tente de forger en France. Cet esprit nouveau devrait aussi s’incarner au Conseil fédéral. Or ce dernier donne peu d’impulsions intéressantes. On attendait une initiative forte pour positionner la Suisse à la pointe de la révolution numérique: dans ce domaine comme dans d’autres, il ne se passe pas grand-chose.

Les succès des dernières années ont rendu la Suisse trop confiante, voire complaisante. L’admettre est un premier pas avant de retrouver l’envie de changer, d’innover et de s’améliorer. Parce que même la Suisse n’est pas parfaite.

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