L’article de Bruno Pellaud ­(«Nucléaire iranien: Berne a été un vaillant médiateur», LT du 16.04.2013) montre bien comment la Suisse a essayé de faire bouger les lignes dans le long conflit sur le nucléaire iranien. Et ce dans l’intérêt de la paix au Moyen-Orient.

Il est vrai que cette initiative a été prise en dehors de son mandat de représentation des intérêts américains en Iran. Toutefois, la Suisse a jugé que ce mandat était aussi une plateforme de discussion possible entre les deux plus importants adversaires dans ce dossier, l’Iran et les Etats-Unis.

Malheureusement, il semble qu’aucune solution équitable ne se dessine à l’horizon, et il est difficile de la concevoir si les parties ne sont pas prêtes à laisser tomber quelques principes.

La même chose s’est produite sur le front israélo-palestinien. Rappelons-nous, la Suisse a fait une expérience décevante avec son initiative dite «de Genève», en vue de débloquer l’impasse chronique entre les autorités israéliennes et les représentants du peuple palestinien.

Toutes les personnes bien informées savent que le dossier israélo-palestinien et le dossier du nucléaire iranien se touchent, et cela, M. Pellaud évite de le mentionner. Cela me semble d’autant plus important à souligner que l’enga­gement israélien dans le domaine nucléaire n’a jamais, à ma connaissance, poussé les Etats-Unis à renier le soutien quasi inconditionnel à Israël, leur allié le plus important au Moyen-Orient. Dans ces circonstances, les pourparlers sont restés peu équilibrés et ils ont empêché toute possibilité d’entretien entre les Etats-Unis et l’Iran.

M. Pellaud ne mentionne pas non plus que, dans la situation actuelle, une solution ne pourra guère être trouvée sans qu’il y ait déclaration d’intention honnête de mettre en œuvre une zone dénucléarisée dans tout le Moyen-Orient, y compris de la part des puissances extérieures qui, jusqu’à maintenant, n’ont jamais pris l’engagement de s’abstenir d’une intervention nucléaire dans la région.

Si ces facteurs ne sont pas sérieusement introduits dans l’échiquier diplomatique, il restera difficile d’établir une base solide et prometteuse pour la paix au Moyen-Orient et pour créer une accalmie autour de l’affaire du nucléaire iranien. M. Pellaud a probablement raison – quoiqu’il évite de froisser les promoteurs des sanctions – en soulignant qu’un instrument agressif tel que le régime des sanctions n’est guère judicieux pour trouver des solutions équitables à la table de négociation.

Si M. Pellaud souligne à juste titre que la confrontation et finalement la guerre entre l’Iran et l’Irak – avec le soutien des Etats-Unis pour ce dernier – a beaucoup joué dans le lancement de la politique nucléaire iranienne, on ne peut pas non plus négliger le dévelop­pement nucléaire du Pakistan suite au développement de la bombe atomique indienne. Ces facteurs de trouble ont énormément compliqué la donne en Asie.

Cependant, comme il n’y a pas, jusqu’à maintenant, de puissance extérieure au Moyen-Orient qui s’engage fortement dans la négociation, il serait peut-être possible aux pays asiatiques concernés de trouver une solution négociée pour éviter de compliquer la situation par une confrontation virtuelle au sujet du nucléaire. La Suisse, par exemple, pourrait offrir ses bons offices si nécessaire et si les parties (Inde et Pakistan) le désirent.

Pour en revenir au dossier Iran-Israël et les pays occidentaux à ses côtés, je pense qu’il sera bien plus difficile pour la Suisse d’amener les protagonistes à la raison. Car si, jusqu’à présent, les efforts de tous côtés ont malheureusement échoué, cela n’a pas tant tenu aux personnes impliquées qu’au contexte initial, aux données de base. Notons aussi le manque de flexibilité des principaux acteurs du conflit, qui n’étaient pas vraiment prêts aux compromis pourtant inévitables.

Dans l’intérêt de la paix, nous ne pouvons pas abandonner nos efforts. Cependant, la timidité n’est pas le meilleur conseiller du succès, même partiel.

Ambassadeur, Hanspeter Strauch a été chef du service des intérêts étrangers du Département fédéral des affaires étrangères, lors du mandat des Etats-Unis auprès de l’Iran en 2001 et 2002

Toutes les personnes bien informées savent que le dossier

israélo-palestinien et

le dossier du nucléaire iranien se touchent