Il faut malheureusement oser cette provocation. La Suisse n’aime pas ses enfants. Le pays fait figure de triste exception en Europe, car actuellement aucune loi n'offre de droit à un congé paternité. Depuis le milieu du XXe siècle, quelque chose s’est défait dans le lien que nous entretenons avec notre avenir. Pour faire court, un enfant est devenu «nice to have», comme disent les spécialistes de la consommation. Il faudrait séance tenante choisir entre une nouvelle voiture et une petite fille, entre sa carrière et ses enfants.

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C’est qu’ils coûtent cher, ces petits, et empêchent de s’engager à fond. En conséquence, la politique familiale en Suisse a été depuis des décennies la grande oubliée des élus. Les mesures d’aide en faveur des enfants, que ce soit en termes d’allocations ou d’impôts, sont minuscules. Les crèches sont hors de prix. Les écoles – on l’a vu en temps de covid – persistent à être considérées par une partie du monde économique comme des parkings à gamins, afin que leurs parents puissent se rendre au travail.

On le sait, d’autres nations accordent des périodes bien plus étendues aux nouveaux parents. Leurs économies ne s’en portent pas plus mal. Alors soutenir, faire découvrir et aimer dès le premier instant la paternité peut aussi être l’une des plus justes manières de relancer un tout petit peu, en Occident, des taux de natalité tellement bas qu’ils hypothèquent le futur. Celui du renouvellement des générations et du financement des retraites, par exemple. Et un instrument puissant pour réduire les inégalités professionnelles entre les sexes. Car un pays qui n’aime pas les enfants, qui les considère comme un acte «privé», dénué de son fondement humain et social, n’a tout simplement plus d’avenir. Il est temps, pour l’Homo economicus aussi, de le comprendre.

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