Editorial

La Suisse, pays du tiers-monde numérique

La conférence Lift dédiée à l’innovation tire le rideau sur sa 10e édition. A l’heure de basculer dans la préadolescence, le rendez-vous se cherche de nouvelles orientations. Son futur se pense dans l’interaction avec les acteurs de la société numérique – le citoyen, l’économie comme le politique. Très bien, mais…

Tandis que la technologie et ses usages assurent leur développement effréné, la Suisse, cette autruche, a la tête profondément enfouie dans le sable. Elle prend le risque de manquer le train quand les autres pays sont confortablement installés en première classe.

Pourquoi ce déni, alors que nos voisins européens ont saisi ce changement de paradigme à bras-le-corps par la création d’un Ministère dédié au numérique? A l’instar de la France et de la Grande-Bretagne, ils se sont dotés d’instruments de pilotage cohérents pour mener les politiques publiques adaptées à notre société connectée, participative et dématérialisée.

La Suisse s’illustre donc par sa léthargie. En 2010 déjà, Doris Leuthard – alors présidente – regrettait dans Le Temps le mauvais classement de la Confédération et son retard pris dans le domaine de l’économie numérique. Elle ne remettait pas en question la technologie et les infrastructures dont le pays est largement doté. Mais les usages.

Pour seul remède, elle préconisait la création d’un partenariat public-privé baptisé «eEconomy Board». Dans les faits, cet organe s’avérera une coquille vide qui se résumera à quatre communiqués publiés sur son site. Ce dernier est mort depuis.

Faudra-t-il une deuxième affaire Snowden ou la fuite à l’étranger des start-up suisses de la Net-économie pour que la Confédération sorte de sa torpeur? La dilution des responsabilités liées au numérique (sécurité, open data, protection des données, Net-économie…) à travers plusieurs départements et offices fédéraux rend caduque la mise sur pied d’une politique cohérente et unifiée. Les enjeux sont transversaux. Il devient donc urgent que la Suisse se dote d’un agenda numérique incarné par un conseiller fédéral.

Tel est le vœu émis par la société civile, des chefs d’entreprise et des parlementaires présents à Lift. En conclusion de l’événement, ce panel d’experts s’est réuni pour en discuter et lancer un grand débat national. Seront-ils entendus en cette année d’élections fédérales, à l’heure où l’on émet l’hypothèse d’élire un Conseil fédéral à neuf membres?