Les Suisses piaffaient d’impatience. Privés de scrutin ce printemps à cause du covid, ils ont pris leur revanche, puisqu’ils ont été 59% à voter. Ces citoyens ont failli créer une grosse surprise en refusant l’achat de nouveaux avions de combat, ce qui prouve que la gauche s’est particulièrement mobilisée ce week-end. Cet afflux vers les urnes s’est soldé par un plébiscite pour la libre circulation des personnes. Les Suisses ont, une nouvelle fois, confirmé que la voie bilatérale est la bonne stratégie. Avec un seul gros accroc, le 9 février 2014, lorsqu’une très faible majorité avait accepté l’initiative «Contre l’immigration de masse». Cela avait provoqué un séisme politique. Probablement salutaire. Depuis, des mesures concrètes ont été prises telles l’annonce des postes vacants ou la création d’une rente-pont. Sans oublier que l’immigration a aussi fortement diminué depuis sept ans.

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Une campagne exemplaire

Cette campagne a été exemplaire. Il y a eu tout d’abord cette alliance forte et malheureusement trop rare entre patrons et syndicats. Les milieux académiques et scientifiques sont sortis, cette fois-ci, de leur tour d’ivoire et se sont fortement mobilisés, conscients de l’importance de l’Europe pour la recherche. Ce franc succès est aussi celui d’une femme: Karin Keller-Sutter. La conseillère fédérale s’est engagée, sans compter, dans cette votation avec un discours clair et positif: grâce à la libre circulation, la Suisse se porte bien. Stratégie gagnante d’avoir mis la cheffe du Département de justice et police en première ligne, au détriment d’Ignazio Cassis et de Guy Parmelin, dont les messages sont souvent trop confus.

Avec cette victoire, la Saint-Galloise prend une nouvelle dimension au sein du gouvernement. Elle a donc toute légitimité pour peser encore davantage sur le dossier européen, qui est loin d’être terminé.

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La prochaine étape s’annonce plus compliquée. L’UE souhaite conclure rapidement un accord-cadre avec Berne. Toutefois, plusieurs points très sensibles sont encore ouverts: les mesures d’accompagnement, la directive relative aux droits des citoyens européens et les aides d’Etat. Les négociations s’annoncent âpres. Mais la position de la Suisse sort renforcée après le très net rejet de l’«Initiative de limitation». Le Conseil fédéral, largement soutenu par le peuple, doit faire comprendre à Bruxelles qu’il ne signera pas cet accord à n’importe quelles conditions.