La variole a été radiée de la planète. On ne rencontre aujourd’hui pratiquement plus de personnes avec des goitres. Le taux de caries chez les enfants a diminué de 90% et pratiquement plus personne n’ignore aujourd’hui qu’il faut se protéger de l’exposition au soleil. Sans la prévention, ces résultats qui ont sensiblement amélioré la qualité de la vie n’auraient jamais été enregistrés. Dans tous les pays, la prévention sanitaire est une des plus anciennes tâches de l’Etat. En Suisse, la prévention et la lutte contre les maladies transmissibles a été une des premières tâches étatiques à être partiellement transférée, au XIXe siècle, des cantons à la Confédération. Les maladies ne connaissent en effet pas les frontières, qu’elles soient cantonales ou internationales.

Si la prévention n’est pas quelque chose de nouveau, le développement des sociétés industrialisées, qui a globalement amélioré la qualité de la vie, l’a placée devant de nouveaux défis. On ne souffre presque plus aujourd’hui de malnutrition en Suisse. C’est, au contraire, le surpoids et l’obésité qui posent problème. Les transports se sont développés et ont considérablement amélioré le confort des citoyens. Mais ces derniers ne font plus assez de mouvements. L’état de santé général d’une société ne dépend que partiellement de la qualité de la médecine. Beaucoup de choses peuvent être faites au quotidien, là où l’on vit, où l’on travaille, où l’on fait ses achats, en voyage, derrière un écran d’ordinateur ou de télévision ou encore en jouant.

L’un des objectifs de la prévention aujourd’hui est donc de sensibiliser un maximum de personnes sur ces petites choses qui peuvent être faites sans grands efforts et sans contraintes et qui ont des effets bénéfiques. En contribuant à l’amélioration de la qualité de la vie, la prévention peut également être un facteur important pour la maîtrise de l’augmentation des coûts de la santé. Elle s’inscrit parfaitement dans ce contexte en amont de notre stratégie d’amélioration de la qualité de la médecine. Des gens en meilleure santé, plus longtemps, nécessitent en effet moins de soins, moins d’interventions médicales et ils guérissent plus vite.

La prévention ne doit pas être ressentie comme une intrusion de l’Etat dans la vie privée. Il s’agit bien plus de développer dans la société une culture sanitaire partagée par tous. Des programmes doivent être créés en fonction des publics cibles (jeunes, personnes âgées, etc.). Ces programmes doivent venir soutenir et encourager les efforts faits individuellement. La famille joue un rôle déterminant. Les parents, en assurant une bonne alimentation à leurs enfants, en les encourageant à faire de l’exercice et des sports sont un des piliers d’une politique de prévention réussie. Les réflexes acquis pendant l’enfance ont en effet des répercussions tout au long de la vie.

Les interdits doivent se limiter au maximum. Des mesures sont toutefois souhaitables lorsque la santé de tiers peut être mise en danger. Le tabagisme est un bon exemple. Chacun doit être libre de fumer, mais la santé des gens qui côtoient un fumeur doit être assurée. Chacun doit pouvoir accompagner son repas d’un verre de vin sans avoir mauvaise conscience. En revanche, l’introduction d’un impôt spécial sur les alcopops, ces boissons sucrées et fortement alcoolisées, qui étaient consommées en masse par la jeunesse, ne peut choquer personne. Et personne ne reprochera à l’Etat d’avoir fait diminuer les importations de ces boissons de 60% grâce à cet impôt.

La médecine a certes fait d’énormes progrès ces dernières décennies mais la devise qui proclame qu’il vaut mieux prévenir que guérir reste d’actualité. Les débats sur les coûts de la santé risquent un jour de se transformer en débat sur la limitation de l’accès aux soins. Si nous n’investissons pas aujourd’hui dans la prévention pour conserver les gens le plus longtemps en santé, nous risquons un jour de ne plus pouvoir nous permettre d’être malades.

La loi sur la prévention, dont la discussion va bientôt commencer au parlement, poursuit cet objectif. Pourquoi une loi de plus? Parce qu’aujourd’hui, on fait beaucoup de prévention, mais pas toujours de manière coordonnée.

Des organisations privées, les cantons et la Confédération s’activent dans ce domaine sans toujours se concerter. La nouvelle loi permettra de mieux valoriser les efforts qui sont faits, d’éliminer les doublons, de combler certaines lacunes et d’améliorer la qualité de la prévention. Il ne s’agit pas en premier lieu de faire plus de prévention, mais une meilleure prévention.

Aujourd’hui, nombre de maladies non transmissibles comme le cancer, le diabète ou la dépression ne font pas l’objet de programmes nationaux de prévention. Certains programmes de détection précoce, comme la mammographie par exemple, sont développés dans certains cantons alors que d’autres ne proposent rien ou presque.

Ces inégalités de traitement sont-elles encore justifiables quand on sait que chaque année plus de 5000 femmes se font diagnostiquer un cancer du sein, ce qui représente près d’un tiers des nouveaux cancers? Enfin, le vieillissement de la population est un défi majeur qu’aura à relever la prévention de demain. Certaines maladies, que l’on pourrait éviter ou dont le déclenchement pourrait être retardé grâce à une prévention efficace, risquent de se développer à un rythme élevé. L’ostéoporose, par exemple, touchait quelque 320 000 personnes en Suisse en l’an 2000. Ce chiffre passera à plus de 400 000 en 2020, soit une augmentation de 25%.

Le Conseil fédéral a pris note de l’importance du problème et de la nécessité de faire une loi sur la prévention qui réponde aux nombreux défis posés par l’évolution de notre société. Il appartient maintenant au parlement de donner son avis sur cette loi, d’en discuter, au besoin de l’améliorer là où il estime que c’est nécessaire.

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