Qui a dit qu’Arlequin et sa smala appartenaient à un temps révolu? Ce week-end, les Genevois se sont rués aux portes de leur nouveau théâtre, la Comédie des Eaux-Vives. Plus de 6000 visiteurs en 24 heures à peine et près de 1000 nouveaux abonnés dans la foulée. Comme en écho, ce lundi, Vincent Baudriller, directeur du Théâtre de Vidy, n’a pas seulement présenté à la presse une première partie de saison opulente. Il a aussi fait visiter le chantier de la Salle Charles Apothéloz, bâtiment principal en restauration, qui devrait rouvrir à l’été 2022. Les Lausannois pourront alors se précipiter à leur tour à la découverte d’un théâtre de 440 places, doté d’une salle de répétition et d’une cage de scène ultramoderne propice à tous les mirages.

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Vous avez dit feu d’artifice théâtral? Aux portes de Genève, Carouge inaugurera l’an prochain une fabrique de fictions, elle aussi magnifique, vouée au répertoire. A Delémont, les Jurassiens comptent les jours dans l’attente de l’ouverture, début octobre, du Théâtre du Jura. Une telle conjonction est unique dans un siècle, note l’historienne du théâtre Danielle Chaperon.

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L’offre est-elle disproportionnée? Pas si on se fie au rayonnement des artistes helvétiques. Il est loin le temps où ils barbotaient dans leurs eaux, sans jamais imaginer prendre le large. L’ère des timidités a vécu. Depuis le début des années 2000, ils affirment leur singularité au-delà de nos frontières, grâce au soutien des cantons, des villes, de Pro Helvetia et de grandes maisons comme Vidy. La région romande s’est en outre dotée d’une Haute Ecole des arts de la scène – la Manufacture à Lausanne. Chaque année, de jeunes talents débarquent sur le marché. Ils ont besoin d’être accompagnés dans leur développement et soutenus.

La montée en puissance des institutions genevoises et vaudoises servira justement à cela: favoriser l’éclosion d’une relève culottée. Mais aussi à offrir à des milliers de spectateurs les pépites de la création internationale. La Suisse romande est désormais une place forte des arts vivants en Europe. C’est le fruit d’une politique culturelle au long cours, qu’il faudra sans doute réaménager en fonction de la nouvelle carte des plaisirs. Arlequin et sa troupe ont de beaux jours devant eux.