Le 26 septembre fera partie de ces dimanches historiques, par l’ampleur et la clarté du résultat: le peuple suisse a plébiscité le mariage pour tous. Les 63% de oui à la loi contre l’homophobie de février 2020 avaient donné le ton, les citoyennes et les citoyens suisses aspirent à une société plus juste et plus respectueuse. Cette fois aussi, les résultats sont sans équivoque, imprimant dans les textes l’évolution de la société. Les partenaires homosexuels et les familles homoparentales du pays auront désormais accès aux mêmes droits que les couples hétérosexuels. Les enfants de ces familles seront mieux protégés qu’ils ne le sont aujourd’hui, et certainement moins stigmatisés. Même les cantons catholiques ont accepté l’objet soumis au vote de manière claire. De quoi être heureux et fier d’appartenir à cette Suisse ouverte, moderne – unie même serait-on tenté de dire – aujourd’hui en tout cas.

Comme souvent lorsque les sujets touchent à des évolutions sociétales profondes, la Suisse a traîné. Faut-il le rappeler alors que nous avons fêté il y a quelques mois seulement les 50 ans du droit de vote des femmes? La Suisse était un des derniers pays de l’Europe de l’Ouest à ne pas autoriser le mariage de personnes du même sexe. Lancé par une initiative parlementaire du Parti vert’libéral en 2013, le processus parlementaire a duré sept ans. Avec un avantage lié à cette lenteur: le texte produit est complet et plutôt progressiste, puisqu’il intègre aussi la naturalisation facilitée, l’adoption conjointe et la procréation médicalement assistée pour les couples lesbiens. A force de débattre, d’amender, de suivre les allers et retours voulus par notre système démocratique, le résultat est bon. La tortue est arrivée avant le lièvre.

La campagne a été l’occasion de se souvenir. Des récits historiques et des témoignages permettent de prendre la mesure du chemin parcouru. Mais surtout, la campagne s’est déroulée de manière relativement sereine. Certes, de sombres insultes ont fusé sur les réseaux sociaux et une affiche morbide du pire goût est apparue dans la rue. Mais les débats à propos du mariage pour tous ont eu lieu sans dérapage majeur, partisans et adversaires se sont parlé, peut-être même écoutés. Les vertus de notre démocratie directe et de son rythme traînant?

Côté covid, à propos duquel les Suisses voteront le 28 novembre, les fronts paraissent irréconciliables et la capacité à s’entendre très limitée. Comme si la langue utilisée n’était pas la même, comme si les arguments de part et d’autre faisaient appel à une rationalité différente. Le mariage pour tous a montré que la Suisse est capable de s’emparer avec intelligence d’une matière extrêmement complexe, symbolique et émotionnelle. Même si la pandémie et son urgence défient le rythme de nos institutions démocratiques, il serait bon de s’en souvenir, alors que la campagne sur la loi covid démarre.