C’est confirmé par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation: à fin janvier, Bruxelles a refusé un rendez-vous à la secrétaire d’Etat Martina Hirayama pour discuter de la participation de la Suisse au prochain programme européen de recherche Horizon Europe. C’est un signal qui fait mal, très mal. La Suisse pourrait bien être reléguée au rang des pays tiers sans accord d’association. Du moins jusqu’à ce que le Conseil fédéral signe l’accord-cadre que l’UE lui réclame depuis dix ans.

La science, un atout diplomatique

Ce signal est alarmant: il suffit de remonter quinze ans en arrière pour prendre la mesure du désamour actuel entre les deux parties. De 2004 à 2013, l’histoire de l’accord sur la recherche est celle d’une relation sans nuage. C’est l’époque où nos universités et hautes écoles très performantes reçoivent plus d’argent de Bruxelles que la Confédération n’en verse dans le cadre de sa contribution, alors d’environ 400 millions par année. En janvier 2013, la Commission européenne choisit même le Human Brain Project piloté par l’EPFL pour en faire l’un de ses deux projets phares. La Suisse est devenue une puissance scientifique mondiale, au point que le chef des Affaires étrangères, Didier Burkhalter, en fait un atout diplomatique.

Un an plus tard, coup de tonnerre dans ce ciel bleu azur: le peuple approuve l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», dont les chercheurs sont les premiers sacrifiés. L’UE ne concède plus à la Suisse qu’un statut d’association partielle, qui ne sera levé qu’en 2017 lorsque le parlement parvient à mettre en œuvre cette initiative de manière eurocompatible.

Nouvelle impasse, mêmes victimes

Cette année, ce douloureux scénario se répète; nouvelle impasse institutionnelle, mêmes victimes: la science, les chercheurs et les universités. Le Conseil fédéral a tant tergiversé sur l’accord-cadre pour renouveler la voie bilatérale que l’UE conclut déjà qu’il ne le signera pas! Alors, elle indique ce qui pourrait arriver: dans le nouveau programme européen, les Helvètes n’auront plus qu’un strapontin, indigne du rayonnement de ses chercheurs.

Lire à ce sujet: Recherche scientifique: la Suisse éconduite à Bruxelles

Quel gâchis! D’un côté, Bruxelles qui se tire une balle dans le pied en affaiblissant indirectement sa propre place scientifique, de l’autre, une Suisse qui, à terme, souffrira d’un exode de ses cerveaux s’ils ne peuvent plus prétendre aux prestigieuses bourses d’excellence (ERC). Le Conseil fédéral serait bien avisé de réfléchir à deux fois avant d’enterrer définitivement l’accord institutionnel.


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