L'un des problèmes lancinants de ce pays est la manière de constituer le Conseil fédéral. Toutes les démocraties du monde (les vraies!) s'astreignent - au terme d'élections législatives - à constituer une équipe gouvernementale, le plus souvent de coalition, autour d'un programme d'action. Certes, ces programmes sont plus ou moins exécutés, respectés, menés à chef, selon les aléas et les déboires de la vie du monde, mais au moins, au terme de la législature, une reddition des comptes a lieu au moment des élections suivantes.

Cette manière de faire n'est pas idyllique, elle relève du simple bon sens. Elle est d'ailleurs utilisée par de grands et petits pays, avec système fédéral ou centralisé, ayant ou non des minorités importantes dont on doit respecter les libertés fondamentales, etc.

Or la Suisse s'obstine, au XXIe siècle, à procéder comme au XIXe: mettre ensemble (si on peut dire) sept personnes qui n'ont rien de commun, même quand elles appartiennent au même parti, et croire qu'elle a un gouvernement et qu'elle est gouvernée. Cela me rappelle l'histoire du roi qui était nu. Un chapelet de sept personnes n'est pas un gouvernement.

Qui s'obstinerait aujourd'hui à vouloir rouler en ville avec une voiture du début du siècle précédent, sortant d'un musée de l'automobile? Ceci est une impasse, que l'ambition des partis rend encore plus pathétique et pernicieuse.

En effet, le président du Parti socialiste suisse veut trois conseillers fédéraux de gauche, soit trois socialistes, soit deux socialistes et un Vert. Si les mêmes règles prévalent et le reflux de l'UDC n'étant pas encore de ce monde, ce dernier réclamera aussi trois sièges au gouvernement. Il le fera «légitimement», selon le fonctionnement actuel. Un septième, arbitre ou figurant, pourra vendre cher sa voix chaque mercredi. Voilà l'idéal d'avenir dessiné pour la Suisse. C'est purement et simplement meurtrier, c'est du «no future».

Aux citoyennes et aux citoyens que l'avenir de ce pays intéresse, je propose un menu de réflexion autour de trois points:

- les mécanismes du fédéralisme, tous issus de l'armistice conclu à la fin de la guerre du Sonderbund;

- le dévoiement de la démocratie directe par les populistes et groupuscules de la droite extrême, devenue de plus en plus plébiscitaire, bonapartiste, corset à baleines au lieu d'être instrument de progrès;

- le contenu d'une neutralité pour le monde des attentats-suicides, des intégrismes, de la grippe aviaire, du tsunami et des ouragans aux si jolis noms, j'en passe et de meilleurs! Sans parler du réchauffement climatique, les effets de serre et le vieillissement des centrales nucléaires.

Qui est volontaire, sans tabou? Ce pays peut être gouverné par l'UDC; il peut aussi l'être par le PSS. Avec les deux à la fois, c'est sans issue, sans avenir et, surtout, sans moralité.

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