Christoph Blocher n'a pas son pareil pour se poser en homme hors du commun, et pour faire de sa vision du monde (donc de la Suisse) une vérité incontestable. Mais son show médiatique, après un an de gouvernement, a rappelé que le grand petit homme, par la puissance de ses contradictions, ressemble beaucoup plus à ses pairs qu'il ne le souhaiterait.

Le constat que Christoph Blocher pose sur l'hypertrophie de l'administration fédérale paraît fondé. Les administrations, par définition, tendent à l'auto-alimentation. Instiller une culture de l'efficacité apporte une dynamique bienvenue à Berne.

En revanche, le combat du ministre de la Justice contre la surréglementation de l'économie suisse, qui entrave sa croissance, gagnerait en crédibilité s'il n'émanait pas du membre d'un parti arc-bouté sur la survivance des particularismes locaux, opposé à la création d'un vrai marché intérieur. De même, on ne peut se présenter comme un grand libéral et avoir comme obsession l'isolationnisme et la fermeture des frontières. Que cela lui plaise ou non, Christoph Blocher doit reconnaître que la construction européenne est le grand événement politique qui domine le paysage politico-économique dans lequel la Suisse se meut, et qu'on ne peut l'extraire de cette réalité géostratégique. Faire croire, au contraire, à une souveraineté absolue, détachée des contingences continentales, relève de l'imposture.

Le tribun de l'UDC dénonce le «politiquement correct» et le «manque d'esprit d'ouverture» (à ses idées, bien entendu). Mais son propre discours est empreint de conventions. Continuer de présenter l'asile (et tout ce qui touche aux étrangers) comme le problème politique du moment, alors que la situation internationale a évolué, découle ainsi d'un réflexe plus que d'une réalité. Un peu moins d'idéologie et d'auto-célébration, au profit d'un peu plus de pragmatisme, ne ferait pas de mal à Christoph B.

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