L’humanité consomme à un rythme accéléré les ressources du monde, comme le souligne le «jour du dépassement» global avancé de début septembre à début août en dix ans – et qui pour nous a été atteint le 7 mai. «A partir de ce jour, nous vivons donc aux frais des pays plus pauvres ainsi que des générations futures», commente le WWF suisse. En effet, comme beaucoup de pays industrialisés, la Suisse présente une empreinte écologique équivalant au triple de l’acceptable et les émissions de CO2 générées hors du pays par nos importations constituent les deux tiers de notre empreinte carbone.

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Ce facteur 3 est précisément à la base du modèle de la société à 2000 watts proposé en 1996 par l’EPFZ: une division par 3 de notre consommation d’énergie, à assurer aux trois quarts par des énergies renouvelables (atteignant actuellement 22%). A ce jour, tout cela n’a pas préoccupé outre mesure les décideurs ou les citoyennes et citoyens, ni fait substantiellement évoluer un concept économique fondé sur l’illusion de capacités illimitées de la nature à nous pourvoir en ressources et à gérer nos rejets. Pourtant, réparer plutôt que jeter, fournir des énergies renouvelables plutôt que du fissile et du fossile, généraliser les bâtiments positifs, remplacer l’obsolescence organisée par la mise en valeur de la durée de vie sont autant de sources de rentabilité que les pratiques impliquant une fragilisation écologique et sociale.

Deux ans plus tard

Pour généraliser ces orientations, il faut modifier les conditions-cadres des activités économiques afin d’internaliser les externalités négatives et favoriser les externalités positives, et assurer la prise en compte des services écosystémiques fournis par la nature. Or, intervenir sur l’économie, fâcher les lobbies du court terme, est ce que beaucoup de politiques, englués dans le dogme de la «main invisible», ont bien de la peine à faire. Dans ce contexte, l’adoption par le peuple suisse, voici exactement deux ans, de la stratégie 2050 constituait une avancée importante.

N’y aurait-il pas les manifestations des jeunes sur le climat, nous risquerions bien de retomber dans le «business as usual»

Mais que s’est-il passé depuis? Parmi les bonnes nouvelles, notons un fort engagement en matière de recherche et d’optimisation des technologies, par exemple sur l’hydrogène, la mobilité électrique ou le stockage; des cantons comme le Valais qui entendent se libérer à terme de l’énergie fossile; l’essor de la finance verte; une approche comme Eco21 de SIG, reprise à Lausanne et à Yverdon, qui a permis à Genève d’économiser l’équivalent de la consommation d’électricité de 60 000 ménages et de créer 500 emplois durables; l’engagement de nombreuses entreprises; un intérêt croissant pour l’économie circulaire.

Mais il y a aussi les moins bonnes nouvelles. L’opposition de principe aux éoliennes et dans une moindre mesure à la géothermie; le fait que 50% de nos bâtiments sont toujours chauffés au pétrole; un taux de renouvellement du parc immobilier qui plafonne à 0,9% par an et des subventions à la rénovation insuffisamment utilisées; la surmotorisation du parc automobile; le rejet de la loi bernoise sur l’énergie début 2019…

Où en sommes-nous?

Dans ce chassé-croisé d’informations contradictoires, où en sommes-nous sur le chemin que nous nous sommes fixé voici deux ans d’une réduction – encore bien modeste – de la consommation d’énergie de 43% d’ici à 2035? Nul ne peut vraiment le dire, personne ne compile les actions ni n’active un compte à rebours: au pays des horlogers, pas de gardien du temps énergétique! N’y aurait-il pas les manifestations des jeunes sur le climat, nous risquerions bien de retomber dans le «business as usual».

Notre page spéciale: L'urgence climatique.

La clé reste comme toujours la volonté politique – et notre prise de responsabilité personnelle dans nos rôles respectifs. A part l’UDC, qui s’oriente sur l’irresponsable mode de vie américain et qui célèbre notre dépendance envers les ressources étrangères, personne n’est vraiment contre, mais l’engagement reste mou; le sentiment d’urgence reste insuffisamment partagé, et nous continuons à fonder notre approvisionnement en énergie à 78% sur des ressources non disponibles dans le pays, particulièrement toxiques et non renouvelables.

Toutefois, il pourrait revenir au PLR de jouer en matière climatique le rôle qu’a joué le PDC sous Doris Leuthard en matière énergétique, ce qui, avec les formations porteuses de l’exigence climatique et énergétique, pourrait changer la donne. En attendant, 16 milliards de francs sortent chaque année du pays pour se procurer ce fossile dont nous pourrions largement nous passer…