L'éviction de Luqman Arnold de la tête de UBS est un mauvais coup pour l'image de la Suisse sur la scène financière internationale. Déjà, la débâcle de Swissair l'avait fortement écornée. Cette mise à pied prononcée par le conseil d'administration et son président, Marcel Ospel, jette une ombre sur les progrès accomplis depuis quelques mois en Suisse en matière de gouvernement d'entreprise. D'abord, au chapitre de la transparence de l'information. La communication de UBS sur les raisons de ce changement est défaillante, presque grotesque tant les justifications sont évasives. Ensuite, il y a la question de la séparation mal établie des pouvoirs entre président du conseil d'administration et président du directoire. La réalité est que le Bâlois n'a jamais octroyé à Luqman Arnold le titre de CEO (chief executive officer) qu'il détenait jusqu'en avril 2001. Arnold, comme son successeur désigné, n'était «que» président du directoire, détail éloquent d'une répartition des rôles mal assumée. Plus grave, c'est vraisemblablement l'interventionnisme de Marcel Ospel dans les compétences d'Arnold (exemple: les crédits alloués au sauvetage de Swissair) qui a crispé et envenimé les relations entre les deux figures de UBS. Le chairman trop actif qui ne supporte pas qu'on lui résiste a écarté un président du directoire estimé des investisseurs et des analystes. Enfin, cette décision, partie émergée d'une lutte de pouvoir, marque un regrettable retour en arrière qui n'a pas échappé aux investisseurs, en particulier les Anglo-Saxons. Sanction en Bourse: – 6% en deux jours. Luqman Arnold avait compris ce que veulent les actionnaires, à savoir que la banque fasse des bénéfices pour verser des dividendes et non pour renflouer des affaires moribondes à relents politiques ou des manifestations nationales de type identitaire. Dans ce sens, comme le disent avec ironie les Britanniques, Arnold n'a pas su s'adapter au système suisse. Ce qui augure mal de l'avenir d'un autre étranger notoire à la tête d'une très helvétique compagnie, la jeune Crossair Plus.

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