L’enjeu de l’initiative d’autodétermination déposée par l’UDC n’est rien de moins que la place de la Suisse dans la communauté internationale. Petite au cœur du continent, dépendante de ses partenaires commerciaux, elle n’a d’autre choix que d’établir avec eux des règles économiques stables et crédibles.

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L’initiative prétend assurer la sécurité du droit en clamant à la face du monde que, ici, c’est le peuple qui décide, un point c’est tout. Ce slogan ne convaincra que ceux qui écoutent servilement le discours isolationniste que leur sert un Christoph Blocher apparu bien fatigué vendredi. Pour le stratège zurichois, vainqueur de 1992, conseiller fédéral éphémère dans les années 2000, cette initiative est la mère de toutes les batailles. A bientôt 76 ans, c’est sans doute son dernier combat. Il veut le gagner.

Or, cette initiative aurait des effets exactement inverses de ceux que promettent ses auteurs. Elle n’apporte aucune sécurité juridique. Au contraire, elle ferait de la Suisse un partenaire de moins en moins fiable. Christoph Blocher a raison lorsqu’il dit que les lois suisses sont solides parce que leur gestation est lente. Mais c’est aussi le cas des accords internationaux: ils sont le fruit de longues négociations et permettent d’affermir durablement les relations avec les autres pays.

Or, l’initiative d’autodétermination veut que le droit suisse prime en toutes circonstances. Ainsi, lorsqu’une initiative comme celle du 9 février 2014 entre en contradiction avec un accord bilatéral – la libre circulation des personnes –, celui-ci doit s’incliner. On voit bien dans quel climat d’insécurité la place économique suisse se trouve depuis deux ans et demi.

Si l’on ne veut pas prendre le risque de répéter ce genre de situation, il faut dire clairement non à l’initiative de l’UDC. L’acceptation de ce texte délivrerait en outre un message catastrophique au moment où des pays du même continent, comme la Turquie, sont en délicatesse avec les droits humains.

Par ailleurs, le succès de la mobilisation qui a précédé le vote du 28 février à propos du renvoi des criminels étrangers donne des ailes à ceux qui se sont levés contre le jusqu’au-boutisme de l’UDC. Ils sont prêts à récidiver. Ils en ont assez du discours ambigu de Christoph Blocher, qui, un jour, se dit prêt à résilier si nécessaire des accords bilatéraux dont l’UE tirerait un plus grand profit que la Suisse mais, le lendemain, signe des encarts vantant la voie bilatérale.

Il est temps de mettre un terme à ce jeu malsain. Dans un monde en croissantes interactions, la Suisse ne peut pas se recroqueviller sur elle-même comme un hérisson effarouché. Elle fait partie du monde et doit le dire haut et fort.

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