Depuis 1981, la statistique fédérale de l'état annuel de la population publie des données communales pour les naissances, les décès, les immigrations et les émigrations. De six périodes à 4 années chacune, 3 cartes sont illustrées. Elles montrent que durant les années 1980, un développement démographique décentralisé et équilibré prévalait. Une tendance à la hiérarchisation spatiale, tant du point de vue de la population que de l'emploi, s'est développée à partir du milieu des années 1990, correspondant à la fin de la crise économique. Les agglomérations croissent à nouveau plus fortement que le reste du territoire.

La première carte montre, pour la période 1981/1984, un développement équilibré sous les auspices d'une croissance modérée au niveau national (0,47% par an) et d'une immigration légèrement positive. Les valeurs maximales sont atteintes par les régions périurbaines, la périphérie industrielle enregistre de légères pertes. Cette tendance perdure entre 1985 et 1988 (0,62% par an).

La troisième période quadriennale (1989/1992, carte 2) frappe par la forte croissance démographique (1,03% par année), inégalée depuis les années 1960. C'est aussi l'époque qui fut la plus favorable aux régions rurales et alpines ainsi qu'aux régions romandes et tessinoises. Dans quasiment toutes les régions du Valais, des Grisons, de la Suisse centrale et de l'Oberland bernois, l'accroissement de la population dépasse la moyenne suisse déjà très élevée. L'immigration de l'étranger a eu une influence décisive sur cette évolution.

Suite à la baisse conjoncturelle et à la situation tendue sur le marché de l'emploi, la croissance démographique se réduit de moitié entre 1993 et 1996 (0,57%). La Suisse romande, Berne, les régions industrielles et encore les espaces d'agglomération apparaissent relativement désavantagés.

L'inversion urbain-rural intervient entre 1997 et 2000. On assiste alors à une diminution générale de la population dans la plupart des régions alpines et une concentration de la croissance urbaine sur les aires métropolitaines de Zurich, Bâle et Genève-Lausanne, Fribourg y compris. Ces disparités ville-campagne se prolongent et se creusent encore quelque peu durant la période 2001/2004 (carte 3); deux grands pôles de croissance émergent nettement: la Suisse romande sans les régions de l'Arc jurassien et l'aire zurichoise dans l'extension Argovie – lac des Quatres-Cantons – Rapperswil – Thurgovie. Pour la première fois depuis les années 1960, la Suisse se trouve à nouveau dans une phase de polarisation.

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