Avec l’Europe, la Suisse compose et recompose. Perdre puis reprendre son équilibre le long du chemin bilatéral – qui zigzague de votation en votation, de directive en directive, de négociation en négociation – ainsi va Berne face à Bruxelles.

Dans cette histoire européenne mouvementée, le Royaume-Uni représente pour la Suisse une sorte de grand frère distant, vindicatif parfois mais aussi indulgent. Notamment parce que les rapports de Londres avec le continent ont été, eux aussi et dès les débuts, singulièrement tourmentés.

Aujourd’hui, le champion du Brexit, le premier ministre britannique Boris Johnson avec qui Berne avait su composer en jouant d’une sorte de «solidarité» bilatérale, s’en va. Et la Suisse, – dans une mauvaise passe avec l’UE – s’interroge sur ce que va devenir «l’allié» britannique.

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Dans ce contexte, il n’est pas inutile de rappeler ce que, sur le long terme, Suisse et Royaume-Uni partagent face à l’Europe. On peut se souvenir par exemple qu’avant même d’intégrer, en 1973, ce qui deviendra l’Union européenne, Londres avait formé, en 1960, avec la Suisse et les pays nordiques, l’Association européenne de libre-échange (AELE).

Très vite pourtant, la Grande-Bretagne a voulu rejoindre la France, l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Par deux fois, de Gaulle s’y opposera avant qu’un référendum européen ouvre finalement la porte aux Britanniques. Quelques années plus tard pourtant, Londres manifeste sa différence. «I want my money back!» (je veux récupérer mon argent), lance Margaret Thatcher en 1979. Elle rompt ainsi brutalement avec les bonnes manières européennes en matière de financement. Un mouvement de recul s’amorce pour Londres qui passera par le refus réitéré d’adhérer à la monnaie unique, puis à l’espace Schengen avant d’aboutir, en janvier 2020, au Brexit.

On le voit, dans le système européen, Suisse et Royaume-Uni, planètes de tailles différentes, gravitent sur des orbites comparables, qui sont aujourd’hui hors du système européen. Mais cette position ne fait pas pour autant de Londres un ami indéfectible. Car c’est aussi un rival. Lorsqu’il a fallu négocier avec l’Europe sur la fiscalité, Berne n’a pas eu d’ennemi plus féroce que le chancelier de l’Echiquier.

Certes, la Suisse n’a pas suivi le même chemin que le Royaume-Uni; elle n’a ni le même poids dans le monde, ni la même histoire. Mais, comme la Grande-Bretagne, elle possède un tropisme insulaire et une haute idée de ses particularités et de son indépendance. Voilà qui devrait, si la guerre à l’est du continent ne vient pas bouleverser la donne, faire durer les affinités par-delà des hommes et des gouvernements.