De cette votation du 6 décembre 1992, il n’est resté que deux mots: le «dimanche noir», la métaphore choisie par le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz pour qualifier le «non» du peuple suisse à l’adhésion à l’Espace économique européen (EEE).

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Trente ans plus tard, il apparaît que ce dimanche n’a pas été si apocalyptique que cela. Sur ce plan, le tribun de l’UDC, Christoph Blocher, grand vainqueur du scrutin, a eu raison. Mais dégâts, il y a tout de même eu. Durant les années 1990, la croissance est quasi nulle, et Swissair s’engage dans une fuite en avant suicidaire en l’absence d’accès au marché européen. Au gouvernement, ce sont finalement les partisans d’un rapprochement avec Bruxelles, Flavio Cotti et Adolf Ogi d’abord (bilatérales I), puis Joseph Deiss, Micheline Calmy-Rey et Pascal Couchepin (bilatérales II) qui recollent les pots cassés.

Durant une bonne quinzaine d’années, c’est l’euphorie. La Suisse s’imagine sur une «voie royale» qui, non seulement, lui assure une croissance retrouvée et la création de 500 000 emplois mais qui, de surcroît, réconcilie aussi Romands et Alémaniques sur une ligne relativement eurosceptique. L’intégration économique avec un minimum de reprise du droit européen, qui dit mieux?

Les Suisses ont juste oublié un détail qui a pourtant toute son importance: ils n’ont reçu ce régime «taillé sur mesure» pour eux que parce que le Conseil fédéral avait déposé une demande d’adhésion à l’UE en mai 1992. Dès lors que ce dernier laisse tomber cette option peu à peu, entre les années 2006 et 2016, Bruxelles lui réclame un accord-cadre pour régler les différends et une «reprise dynamique» de son droit. Et quand le Conseil fédéral déchire le projet d’accord-cadre, l’UE en tire les conséquences et relègue la Suisse au statut d’Etat tiers, ce dont la place scientifique sera la première victime, elle qui ne sera plus que partiellement intégrée au programme européen de recherche Horizon Europe. Retour à la case départ!

Mais le scénario du pire, soit une voie bilatérale condamnée à l’agonie, n’est pas sûr. Quelques signaux de fumée indiquent une embellie entre Berne et Bruxelles, du fait que l’UE a signalé quelques concessions sur la protection des salaires et la directive sur la citoyenneté. Ce vendredi, le Conseil fédéral, qui semble avoir enfin achevé son rapport sur l’Europe, se penche à nouveau sur ce dossier. Les plus optimistes s’attendent à «une annonce». A quand le «dimanche blanc» couronnant un vote stabilisant la relation bilatérale à moyen et long terme?


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