éditorial

Suisse-UE: derrière les accolades, le rapport de force est permanent

ÉDITORIAL. Ignazio Cassis a pu se rendre compte que les relations bilatérales ne se résument pas à un «traité d'amitié»

Avant son accession à la tête du département fédéral qui en a la charge, Ignazio Cassis n’avait pas une connaissance très fine des relations bilatérales. Lors de sa visite à Paris, mardi, il a pu se rendre compte que c’était tout sauf un monde de bisounours.

Juste après la visite du président européen, Jean-Claude Juncker, à Berne le 23 novembre, un sentiment d’apaisement prévalait. Il aura été de courte durée. Quelques jours plus tard, la Suisse s’est retrouvée à sa grande surprise sur une liste grise de paradis fiscaux. Et voilà que l’Union européenne envisage de limiter l’accès de la bourse suisse au marché européen des actions. Visiblement surpris, le nouveau chef du DFAE a fait part mardi de l’«insatisfaction» et de l’«irritation» du Conseil fédéral. Celui-ci n’a-t-il rien vu venir? Il a sans doute sous-estimé l’interprétation qui serait faite à Bruxelles des commentaires entendus en Suisse ces dernières semaines à propos du milliard de francs en faveur du fonds de cohésion européen mais aussi d’autres enjeux bilatéraux.

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A Bruxelles, on ne s’offusque plus guère des attaques régulières de l’UDC contre les traités bilatéraux. Ces assauts sont devenus si habituels qu’ils n’ont guère d’effet autre que déclamatoire. Par contre, lorsque la présidente du PLR, parti fondateur de la Suisse moderne, évoque l’idée de les renégocier dans l’espoir de faire tomber la clause guillotine, l’étonnement est plus grand. Cela explique pourquoi des dossiers en apparence anodins prennent soudain une couleur politique inattendue, à l’image de cette question d’accès boursier.

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Tout cela montre que, derrière la façade des accolades junckériennes, les relations entre la Suisse et l’UE demeurent un rapport de force permanent. Ignazio Cassis le découvre. Il prend conscience qu’elles ne se résument pas à un «traité d’amitié». Seuls les naïfs ont d’ailleurs cru Jean-Claude Juncker lorsqu’il a utilisé cette expression le 23 novembre.

Pour sortir de l’impasse, Ignazio Cassis veut miser sur la communication. «La politique extérieure, c’est aussi de la politique intérieure», se plaît-il à souligner. Cela lui paraît si évident qu’il n’attend pas la fin du traditionnel délai probatoire de cent jours pour médiatiser son travail. Convaincre la population est une tâche immense, mais nécessaire. Et c’est sans doute pour avoir mésestimé la communication que Didier Burkhalter a fini sur un constat d’impuissance.

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